«C'est difficile d'envisager le bonheur»

Cinéma

Propos recueillis par Patrick Laurent

Publié le

Patrick Chesnais, un huissier peu doué pour le dialogue dans Je ne suis pas là pour être aimé

PARIS Je ne suis pas là pour être aimé. Le titre du nouveau film de Stéphane Brize va comme un gant à Patrick Chesnais, prototype, au cinéma, du râleur égoïste un tantinet franchouillard. «Dans la vie, je ne suis pas du tout comme ça, déclare-t-il guilleret à l'autre bout du fil, de sa voix toujours un peu hésitante. J'appelle un chat un chat, mais je suis modeste. Ce titre était tiré d'une réplique de la toute première scène du film... coupée au montage. C'est le type de déclaration un peu bravache qu'on fait dans son boulot, en le pensant sans doute... mais en le regrettant. Pour dire ça, il faut avoir très envie d'être aimé. Mon personnage, Jean-Claude, fait son boulot d'huissier avec rigueur, mais il n'a aucune raison de se montrer enthousiaste. Sa vie ronronne, tourne en roue libre. On se demande même si quelque chose, dans son existence, l'a déjà fait vibrer. Et puis, un jour, à un âge certain, pour la première fois, le grand amour vient tout bouleverser. Pour quelqu'un qui a autant de mal à s'engager que lui, c'est très difficile d'envisager soudain le bonheur!»

On sent de la tendresse dans vos propos...

«Le scénario est magnifique. Un des plus beaux de ma carrière. Je suis extrêmement reconnaissant à Stéphane Brize de m'avoir vu comme ça, d'avoir pensé à moi pour Jean-Claude. C'est un mutin, plus dans la réaction que l'action. Les grands héros mythiques du western ou du polar sont comme lui, dans l'attente, l'observation, pas dans les bavardages. Les grandes douleurs sont souvent muettes. Et le silence est d'or. Mais on sent qu'il possède un grand potentiel à exprimer. Tout le monde peut s'identifier à lui: soit parce qu'on lui ressemble, soit parce qu'on a un père, une mère ou un frère avec lesquels il est difficile de communiquer. Grâce à la mise en scène dépouillée, on sent la puissance de la relation familiale: l'amour est là, plus fort que tout, même quand on en crève de ne pas sentir le courant passer. C'est ça, la grande force d'un film. Tout le contraire d'un téléfilm, où tout est expliqué, souligné lourdement. La liberté, elle n'existe plus qu'au cinéma: en télé, elle se réduit comme peau de chagrin pour plaire à tout le monde.»

Vous tournez pourtant aussi pour le petit écran...

«Je vais jouer dans Don Quichotte avec Natacha Régnier et Jean Benguigui. C'est pour Arte, la chaîne qui fait de la résistance culturelle.»

C'est aussi Arte qui produira votre prochaine réalisation?

«Non. Enfin, peut-être , je ne sais pas encore. Dure est la nuit est prévu dans un an. C'est l'histoire d'un prof de philo qui recherche sa femme, partie avec un autre. Ce type n'est pas doué pour la vie, c'est un frileux qui se réfugie dans ses rêves et découvre soudain les femmes, le sexe, un monde violent pour lequel il n'est pas fait. Il débarque dans une ville en plein chaos, dont le maire s'est fait assassiner. Cela n'en a pas l'air comme ça, mais c'est une comédie...»

Vous allez tourner à New York, la ville de vos rêves?

« J'aimerais bien, mais non. J'ai une passion pour les grandes villes. New York en particulier. A cause des tours, du côté anglo-saxon, des télescopages entre Europe et USA au coin de chaque rue. Londres me plaît bien aussi, pour son architecture, son ambiance. Et puis, ma fille y habite.»

Vous parlez bien anglais?

«Pas du tout! C'était soit me débrouiller, soit étudier. J'ai choisi la première solution... Cela crée plus de liens. A Paris, si je commande un café, je n e regarde même pas le serveur. A New York, comme je ne sais pas m'exprimer, il faut trouver un autre moyen de se faire comprendre. Je dois le regarder, faire des gestes. Il comprend que je ne parle pas anglais, et fait aussi des efforts. Cela fait partie du charme de la ville...»

© La Dernière Heure 2005

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