Un documentaire passionnant fait d'images d'archives où le marin se dévoile

BRUXELLES Depuis sa disparition, voici dix ans (c'était dans la nuit du 12 au 13 juin 1998, en mer d'Irlande), Jacqueline Tabarly, son épouse, a toujours refusé l'idée même d'un film retraçant sa vie. Jusqu'à ce que Pierre Marcel trouve les mots justes - ceux d'Éric lui-même - pour narrer le parcours exemplaire d'un homme ayant côtoyé les plus grands tout en restant d'une humilité et d'une discrétion exemplaires.

C'est sur des images impressionnantes du Pen Duick ("c'est le nom, en breton, de la mésange à tête noire, explique Tabarly. Plus justement, cela veut dire petite tête noire ") que s'ouvre ce film qui relève le défi de passionner même ceux que la mer indiffère.

Précisément parce que le réalisateur a retrouvé des extraits sonores, des bouts d'images d'actualité et des témoignages que l'on découvre, bouche bée. Tabarly descendant de son bateau, victorieux de sa Transatlantique en 1964, en compagnie du général de Gaulle, qui le questionne sur ses bateaux, etc. Et plus loin, lors de sa retraite de la Marine nationale, entouré de journalistes au milieu desquels on le sent mal à l'aise. "Mon message pour les jeunes ?" , sourit-il, embarrassé. "Oh, moi, vous savez, les messages... Je ne peux pas parler pour ne rien dire, je ne le fais que pour exprimer ce que je pense. J'ai une réputation de taciturne qui m'a été mise sur le dos par les journalistes, en 64, parce qu'ils avaient mal fait leur travail ", dit-il encore.

Mais c'est aussi l'histoire de sa famille, qu'il évoque çà et là, qui rend ces images touchantes. "Mon père m'a emmené tout jeune en bateau. Je le voyais faire, avec des marins professionnels, et je faisais comme eux ", dit-il. Avant de préciser que ce qui l'intéresse, "c'est plus le bateau que la mer. "



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