Dix ans après sa première Palme d'or pour Le vent se lève, Ken Loach (79 ans) n'en revenait manifestement pas d'avoir décroché un deuxième trophée suprêle avec I, Daniel Blake. « Nous ne nous attendions déjà pas à revenir, alors, gagner la Palme d'or... Je suis abasourdi. »

Mais une question sur le néo-libéralisme qu'il dénonce le remonte aussitôt. « L'Union européenne est l'incarnation du néo-libéralisme. Il suffit de voir comment elle a humilié la Grèce. Cela a entraîné dans la pauvreté des millions de personnes et dans les difficultés énormément d'autres. Ces millions de personnes se retrouvent dans cette petite histoire que je raconte. »

Il le fait avec un esprit grinçant, un humour parfois très noir. « J'essaie de présenter le côté dramatique de la vie quotieienne. C'est le thème de mes films. Mais on peut le faire à travers une vaste gamme d'émotions, d'événements, de relations avec les autres. Je montre ce que nous sommes, des gens coincés par des contraintes économiques. Je suis préoccupé quand on dit que je ne fais que du cinéma social. Mais un film sur les gens très riches, c'est aussi du cinéma social. Mais en fait, je parle de nos choix et de nos limites, et cela dépasse largement le cadre du cinéma social. J'espère donc que ceux qui ne pensent pas comme moi iront voir ce film avec un esprit ouvert. Après, s'ils sont touchés, énervés ou dérangés, c'est très bien. »

Voici quelques années, Ken Loach avait annoncé sa retraite. Avant de changer d'avis. Est-ce dire qu'on peut attendre de lui un autre long métrage ? « Je croise les doigts... A mon âge, on est déjà content de voir le soleil se lever le matin. Il faut prendre les choses comme ils viennent. »

Son succès, il le prend de la meilleure des manières qui soit : un verre de Champagne à la main.