La Palme d'or du Festival de Cannes a été décernée dimanche pour la deuxième fois de sa carrière à Ken Loach pour "Moi, Daniel Blake", nouveau réquisitoire contre les injustices sociales du cinéaste britannique, qui en a profité pour dénoncer les "idées néo-libérales".


Xavier Dolan (Grand Prix du Jury) : « Il faut rester authentique »

Très ému, le cinéaste québécois de 27 ans est revenu sur l'accueil très partagé que lui ont réservé les journalistes à Cannes. « Le film a soulevé les passions. Le prix reçu ce soir montre que le message est arrivé à destination. L'essentiel dans la création, c'est d'être compris, que les gens aient ensuite envie de parler à leur père, à leur mère, à leur soeur, qu'ils se reconnaissent dans le film et qu'au-delà des cris, de tout ce qui est en surface, ils entendent le murmure de la souffrance des personnages. Je ne dis pas que les critiques ont mal compris -chacun sa vision des choses- mais je ne m'attendais donc pas à gagner le Grand Prix du Jury. C'est inattendu et extrêmement apprécié. Cela m'a fait comprendre qu'il fallait rester authentique, quoi que les gens disent. »

Olivier Assayas (mise en scène) : le seul Français primé

Contrairement à l'an dernier, un seul Français figure au palmarès : Olivier Assayas, ex aequo avec Cristian Mungiu pour le prix de la mise en scène. « Et encore, je suis un drôle de Français car c'est un film en anglais avec une actrice américaine. Je n'ai pas vu les autres films car on n'en a pas le temps. Et puis, je n'aime pas trop les projections officielles. Je préfère aller au cinéma, près de chez moi, avec un public : c'est la meilleure façon de regarder un film. »

Si cette deuxième collaboration avec Kristen Stewart s'est révélée profitable, il ignore si elle sera suivie d'une autre. « Il faut l'occasion, le rôle, le sentiment de pouvoir aller plus loin alors qu'on a déjà été très loin, renouveler l'envie, le désir, trouver un nouvel espace. Mais si je trouve une bonne idée pour Kristen Stewart, je fais le film demain. »

Cristian Mungiu (mise en scène ex aequo) : les pieds sur terre

Le cinéaste roumain, qui a signé un film splendide sur la transmission des valeurs (Bacalauréat) ne s'est pas emballé après son prix de la mise en scène. « Aujourd'hui, je suis ravi. Mais demain, je retourne dans le monde réel. Les films restent de moins en moins longtemps à l'écran. Si nous n'inversons pas la tendance, le cinéma d'auteur va peut-être disparaître. Le cinéma commercial est une chose, mais le cinéma ne sert pas qu'à vendre des films. Il faut éduquer les jeunes à la diversité. C'est difficile à comprendre, mais le cinéma d'auteur incite à la réflexion. »

Les pieds bien sur terre, il a rendu hommage aux films qui n'ont pas été primés à Cannes. « Le prix, c'est le fruit d'un moment précis, de personnes qui ont aimé. Cela ne veut pas dire que le film est meilleur que les autres. Au cinéma, il n'est pas question de gagner ou de perdre, mais de délivrer des messages. Un film reste un film, qu'il ait gagné ou non. »

Asghar Farhadi (scénario) : « Cela me va droit au coeur »

Le cinéaste iranien, réalisateur du Client, n'est pas le plus bavard. « Je suis heureux. Que le public à Cannes ait pu se reconnaître dans mon film, cela me va droit au coeur. » Son interprète, Shahab Hosseini, prix d'interprétation masculine, était un peu plus disert. « Le fait que le film reçoive deux récompense est une grande source de joie pour notre peuple. J'ai aussi remarqué qu'à Cannes, tout le monde était très ouvert, compréhensif, tolérant. Quand on parle d'art, les relations sont plus simples, plus joyeuses, et c'est une source d'espoir pour vivre dans un monde sans guerre. »

Andrea Arnold (prix du jury) : « Pas blasée »

C'est déjà le troisième prix cannois pour Andrea Arnold. « Je ne suis pas du tout blasée mais très heureuse. C'est une reconnaissance incroyable. Etre sélectionnée à Cannes est déjà formidable. Je ne suis jamais à l'aise en compétition, j'ai très peur. Mais ce que je peux dire, c'est qu'il faut suivre son coeur, sa passion. Et surtout, ne jamais baisser les bras quand on réalise un film. »

Jacly Jose (actrice) : « Un cadeau magnifique »

La comédienne philippine de 52 ans, incroyablement émue sur scène, ne parvenait pas à reprendre ses esprits en coulisses. « Je suis vraiment très surprise. C'est déjà rare de venir à un festival. Cette année, ma fille m'accompagnait, j'ai pu profiter de cet instant et de tout ce qui se passe à Cannes. Qui ne serait pas surpris à ma place ? C'est un cadeau magnifique. »