Les stars soignent le public avant une triste cérémonie d’ouverture.

De par son jury et sa sélection, ce 69 e Festival de Cannes est sans aucun doute le plus hollywoodien de ces dernières années. Et cela se remarque tout de suite au bas des marches du Palais. Menaces terroristes ou pas, Jessica Chastain, dans une robe jaune qui se repère de loin, fonce vers la foule et fait des selfies à foison avec les spectateurs. Kristen Stewart n’est pas en manque. Pourtant vêtue d’un bustier on ne peut plus transparent, avec juste deux pochettes plus foncées stratégiquement placées, elle déjoue les services de sécurité pour signer le plus d’autographes possibles. Bientôt imitée par Vanessa Paradis, éblouissante dans une robe longue multicolore. Le public est ravi. Voilà un festival qui débute sur les chapeaux de roues.

Hélas, le présentateur de la cérémonie d’ouverture Laurent Laffite n’a, lui, rien retenu des leçons américaines en matière de show. Remarques désobligeantes à Woody Allen ("Merci d’être là, M. Allen. En même temps, c’est la moindre des choses. Vous ne risquez pas grand-chose…"), vannes qui tombent à plat ("Vous avez beaucoup tourné en Europe alors que vous n’êtes même pas condamné pour viol aux USA"), il a multiplié les bides en critiquant le Festival à tout-va. "Je ne cautionne pas ce Festival. Je ne comprends pas le besoin des artistes à gagner des prix. Être aimé et être le meilleur sont deux choses différentes. Prenez Hitler. Non, mauvais exemple…" a fait un flop. "Je vois 200 films par an. J’en aime… deux, dont une série" aussi. Et sa remarque sur le Palais, qualifié de "gros truc moche", n’a fait rire personne. Pas plus que sa comparaison entre les femmes et les "belles bagnoles".

Seuls deux moments ont sauvé cette soirée du désastre absolu. L’arrivée surprise, sans dire un mot, de Catherine Deneuve, juste le temps d’embrasser fougueusement le présentateur qui ne le méritait pas, et la reprise de Purple Rain par M devant une salle glaciale peu désireuse de reprendre le refrain en sa compagnie.

C’est tout. Mais quelle triste cérémonie d’ouverture. Les stars hollywoodiennes présentes, qui avaient payé de leur personne, n’ont pas dû en revenir.


Woody Allen: "Je me suis toujours vu comme un romantique"

Woody Allen a ouvert le Festival avec Café Society, une romance entre une jeune femme et un homme bien plus âgé.

Mais quel filou, ce Woody Allen. À l’écran, dans Café Society qui a fait l’ouverture du Festival hier soir, il retrace une romance entre une belle jeune femme (Kristen Stewart) et un homme nettement plus vieux. Mais face à cette thématique en conférence de presse, il prétexte une défaillance des écouteurs de traduction (dont il n’avait pas besoin, vu que c’était demandé en anglais…) pour répondre malicieusement de travers.

Étrangement, il retrouve son humour à l’évocation de son âge. "J’ai 80 ans, je n’en reviens pas. Mentalement, je reste alerte, c’est étonnant. Ma maman a vécu 95 ans et mon père plus de 100. Je me sens donc jeune. Je sais bien qu’un jour, je me réveillerai avec une attaque, on me mettra dans une chaise roulante, je saurai à peine manger par moi-même et on dira : Vous voyez, c’était Woody Allen… En attendant, je vais continuer à faire des films tant qu’il se trouvera des gens assez stupides pour les financer."

Puis, le provocateur se fait plus tendre. "Je me suis toujours vu comme un romantique, mais mes femmes ne partagent pas cet avis… Mes films sont romantiques, mais d’une manière différente : ils romantisent le passé, l’amour, New York. C’est sans doute fou."

Il en profite pour s’embarquer dans une de ses réflexions qui fascinent ses admirateurs et énervent ses détracteurs. "Un mari qui trompe sa femme, ça peut être vu comme amusant. Mais aussi triste. Moi, je dois en rire, sinon, il ne me reste plus qu’à me tuer. La vie est une fraude, cruelle, mais il faut garder une perspective comique pour la supporter."