Gérard Depardieu assure le show en présentant Valley of Love.

Un gosse rieur dans un corps d’ogre. D’une simplicité déconcertante dans le temple du glamour. Toujours prêt à sortir un bon mot. Et c’est ça qui le rend touchant, Gérard Depardieu. Pur concentré de contrastes, il s’amuse à promouvoir Valley of Love à Cannes dans un festival qu’il a pourtant descendu en flèche avant de venir.

Ça sent le pognon !”, lâche-t-il en riant, un tantinet provocateur. Avant d’en rajouter une couche : “Avant, on tournait les films en huit semaines. Maintenant, c’est quatre. Voire trois. Et c’est très bien. On n’est pas des machines. Les jeunes vont peut-être se détourner en se disant : Putain, c’est lent. Mais finalement, c’est très enrichissant. Sur ce que nous avons oublié de nous souvenir.

Quelle que soit la question, il ne prend rien au sérieux. Tout en répondant, et c’est aussi perturbant, avec une candeur désarçonnante. “Je me suis arrangé pour faire ce métier parce que je ne voulais pas travailler. Je suis tombé là-dedans par hasard. C’est la vérité. Et je me suis rendu compte que je préférais vivre. Mais vivre avec des gens de ce métier dont je suis le premier spectateur, eh bien, ça me va. D’autant plus qu’il y a une cantine. On est nourri, logé mais pas blanchi car je ne salis pas mes affaires et qu’en général je n’ai qu’un costume. Je ne veux pas sous-estimer le métier d’acteur, mais en ce qui me concerne, moins je travaille, plus je peux vivre et plus je peux regarder ceux qui pensent travailler. C’était long à trouver pourquoi je faisais ce métier. Je me suis rendu compte que c’était par plaisir. Et cela me facilitait la vie car fut un temps où on gagnait beaucoup de pognon. Voilà. C’est vulgaire mais c’est bien (rire).”

Pour la langue de bois, faut pas compter sur Gégé. Pas plus que pour la défense du cinéma français. “Je me rends compte que je ne vois pas trop de films français à la télé ou en dvd. J’adore les séries ou les films avec des acteurs comme Bruce Willis, que je n’aimais pas au départ et que je trouve maintenant extraordinaire, et des personnages auxquels on ne croit pas du tout. Cela me plaît. Je ne rechigne pas devant un bon Rossellini ou un très grand Maurice Pialat, mais ma consommation est surtout banale, pas du goût des cinéphiles.

Jacques Audiard trouve quand même grâce à ses yeux. Mais pour le reste, il flingue en douceur le financement (“C’est de plus en plus difficile de monter un film sans passer par des producteurs qui n’y connaissent pas grand-chose”) ou certains réalisateurs (“Il vaut mieux écouter l’acteur, parce qu’un acteur qui boude est un acteur chiant !”). Et lorsque survient l’inévitable question sur son déménagement en Russie, il ne peut s’empêcher d’ajouter son grain de sel : “M. Poutine, je connais bien, j’aime beaucoup, et l’URSS, j’y vais toujours. Enfin, l’URSS...” Et d’éclater de rire en prononçant “La Russie” avec un très bel accent.

Sacré bonhomme.