Une star ouverte sur le monde et la création

CANNES Catherine Deneuve ferait une excellente ambassadrice. Et pas seulement de charme. Aussi à l'aise dans la langue de Shakespeare (rencontre avec la presse internationale oblige) qu'en français, elle possède le don d'arrondir les angles, de relativiser les problèmes ou de laisser transparaître sa pensée derrière des mots apparemment anodins.

Une diplomate née qui n'oublie jamais de se ménager une porte de sortie. Notamment lorsqu'on évoque le tournage, conflictuel à en croire les échos, de Dancer in the dark, le film de Lars von Trier qui sort aujourd'hui sur les écrans belges. `On accorde trop d'importance à des choses qui n'en valent pas la peine, explique-t-elle calmement. Je ne crois pas avoir jamais tourné un film sans tension, sans drames personnels. Il s'agit d'un processus de création humain, pas d'une production robotisée. Lars et Björk sont deux fortes personnalités, habituées à tout régir seules, à avoir systématiquement le dernier mot. La rencontre de deux caractères aussi forts risquait forcément de déboucher parfois sur un mur. Mais il s'agissait surtout d'incompréhensions. Pour l'équipe, c'était déroutant, mais il fallait laisser passer un peu de temps pour que le dialogue se réinstalle. Björk est terriblement attachante. Mais aussi très timide. Elle vit dans un monde confiné. Gagner sa confiance réclame de la patience. Mais nous nous sommes très bien entendues.´

Un rapprochement facilité par leurs goûts musicaux communs. `J'adore sa musique. Je possède plusieurs de ses disques chez moi. Je connaissais son univers avant de la rencontrer. Mes goûts sont très éclectiques: je suis aussi ouverte aux nouveautés qu'à la musique classique. Ma fille me fait souvent découvrir des groupes dont j'ignorais l'existence. De manière générale, je suis assez curieuse.´

Audace et intelligence

Dans son métier, il ne s'agit pas d'un défaut, mais d'un passeport. Qui lui a notamment ouvert les portes des studios de Lars von Trier. `Breaking the waves m'a énormément marquée. Il y avait de l'audace, de l'intelligence, une mise en scène exceptionnelle. J'ai donc fait savoir à Lars von Trier que j'aimerais participer à son prochain projet, quel qu'il soit. Le hasard a voulu que ce soit une comédie musicale, un genre pour lequel j'ai un petit faible. J'en étais ravie. Même si le tournage fut parfois difficile, il régnait sur le plateau une ambiance joyeuse, très agréable. A midi, nous sortions du studio pour manger sur l'herbe, tous ensemble. C'était sympathique, amical. J'avais parfois l'impression que nous étions une bande d'étudiants...´

Un groupe d'amis avec lesquels elle a passé énormément de temps. `Les chorégraphies ont l'air de couler de source, mais elles réclamaient des semaines de répétitions pour que les mouvements de chacun s'enchaînent naturellement. Moi, je danse finalement assez peu, mais c'était un travail extrêmement enrichissant.´

Techniquement intéressant

Observatrice, Catherine Deneuve a aussi pris plaisir à admirer la technique du réalisateur danois. `La vidéo le rend très libre de ses mouvements. Elle ne réclame pas de grosse équipe. Il pouvait donc rapidement recommencer une scène, en modifier le déroulement, rester très créatif. C'est une technique promise à un bel avenir. Elle permettra à de jeunes cinéastes, sans moyens, de réaliser des films à petits budgets dans lesquels ils pourront étaler leur inventivité. C'est une des perspectives d'avenir pour le cinéma. Mais il y en a d'autres.´ Son énorme culture cinématographique, elle n'envisage pas de la mettre au service, à son tour, de la mise en scène. Son rôle de comédienne lui convient à merveille il lui permet d'entrer dans les rêveries des plus grands créateurs. Et rien ne la motive autant que sa curiosité...

La comédie musicale réinventée

L'affiche