"Millénium : Ce qui ne me tue pas" : une suite décevante.

Les succès littéraires, même colossaux, ne se traduisent pas nécessairement en triomphes cinématographiques. La preuve avec Cinquante nuances de Grey ou la saga Millenium. Les trois romans cultes de Stieg Larsson, écoulés à 80 millions d’exemplaires, ont débouché sur une trilogie nordique et une adaptation hollywoodienne qui n’ont attiré que fort peu de monde dans les salles.

Avec ce quatrième volet, le réalisateur Fede Alvarez a donc décidé d’opter pour le changement plus que pour la continuité. Nouveaux acteurs, nouvel auteur (David Lagercrantz a repris la plume de l’écrivain décédé) et changement de cap pour la série, cette fois centrée sur Lisbeth Salander. Incarnée avec brio par la star de la série The Crown, Claire Foy. Moins sauvage qu’autrefois mais toujours aussi rebelle, la surdouée du piratage informatique n’a plus donné de nouvelle à Mikael Blomkvist depuis des années. Parce qu’il l’a trahie en écrivant sur elle plus que sur l’enquête menée ensemble. Mais cette fois, elle a besoin de lui. Frans Balder, le créateur d’un programme révolutionnaire, destiné à prendre le contrôle de toutes les ogives nucléaires dans le monde, fait appel à elle pour voler son invention aux services secrets américains et la détruire.

La première étape n’est qu’un jeu d’enfant pour elle. La seconde, par contre, se révèle terriblement ardue. En raison de l’incendie de son repaire, Lisbeth a manqué son rendez-vous avec Balder. Qui a demandé la protection des autorités suédoises.

Lisbeth se retrouve donc poursuivie par la police de son pays, les services spéciaux yankees et une organisation terroriste en liens étroits avec son propre passé. Émotionnellement et physiquement, l’épreuve est terrible. Sans le journaliste, ses chances de s’en sortir flirtent avec les chiffres indiqués par le thermomètre en plein hiver à Stockholm.

Notre avis La belle trouvaille de Millénium : Ce qui ne me tue pas, c’est incontestablement Claire Foy. Elle parvient à mettre en lumières les failles de Lisbeth Salander, la difficulté de gérer ses émotions face au poids du passé là où, auparavant, elle réagissait uniquement avec violence. Cela la rend plus humaine, mais pas moins fascinante. Elle a toujours trois coups d’avance sur les autres, mais son esprit est parfois embué par ses émotions. Or ses adversaires ne sont pas du genre à faire dans les sentiments.

L’autre point positif, c’est l’utilisation de la capitale suédoise comme décor de l’action. Elle fournit une note d’authenticité, de rudesse et crée une ambiance glaçante pour le film. Ou la mise en valeur des nouvelles technologies dans une scène finale qui ringardise terriblement les gadgets de James Bond.

Des atouts malheureusement quelque peu gâchés par une intrigue très convenue et des acolytes psychologiquement assez basiques. On sent l’influence du cinéma hollywoodien aussi bien au niveau du spectacle (ça, c’est plutôt bien) que des protagonistes, très monolithiques (hélas). Les méchants sont aussi bêtes que cruels et les gentils particulièrement inventifs. La grosseur des ficelles (la manière de s’échapper d’un aéroport ou de se sauver d’une mort certaine par empoisonnement, par exemple) dépasse aussi l’entendement, de telle sorte que la surprise est rarement au rendez-vous de ce qui est pourtant censé être un suspense.

Au final, c’est le désagréable "Tout ça pour ça" qui a tendance à l’emporter. Ce divertissement se laisse regarder comme un jeu vidéo mais n’emballe pas, ne cloue pas dans le fauteuil, n’engendre pas de questions sur la nature humaine et ne fait vibrer aucune corde sensible ou nostalgique. Ce qui ne me tue pas n’a pas rendu Millénium plus fort. Une déception, même si Claire Foy possède vraiment le profil pour devenir la nouvelle reine d’Hollywood.