La comédienne se moque de sa "nature dépressive" dans Samba, qui sort mercredi en salle.

Décolleté de nature à faire passer les top models pour des nonnes, sourire enfantin, filet de voix fluet qui fait regretter de ne pas avoir investi dans un sonotone dernier cri, calme olympien et gentillesse à toute épreuve : le temps qui passe ne semble avoir aucun impact sur Charlotte Gainsbourg. Qui casse son image de quiétude ou de provocation façon Lars von Trier avec un rôle de pure comédie face à Omar Sy dans Samba, en salle dès mercredi.

"Ce projet m’excitait beaucoup; cela faisait longtemps que je cherchais une comédie", explique-t-elle d’une voix posée. Et elle a été servie : face à Omar, c’est elle qui verse le plus dans le registre comique. "J’étais contente de pouvoir forcer les traits et les défauts de ce personnage. J’avais besoin de m’appuyer sur des choses un peu extrêmes, toutes proportions gardées, bien sûr. Comme je ne suis pas une actrice comique, j’avais peur d’être fade, pas drôle. J’ai donc demandé si on pouvait exagérer un peu ses défauts, pour qu’on sente vraiment que cette fille n’est pas totalement rétablie de sa dépression. Comme je n’y suis pas habituée, je ne suis pas sûre de moi dans la comédie. Mais c’était moins intimidant que ce que je pensais. Omar m’a mise à l’aise dès le départ."

Votre personnage dit qu’il a une petite expérience de tout ce qui déraille. Ça paraît très réaliste…

"C’est le cas (rire) ! Je n’ai pas fait de burn-out, mais je comprends très bien. C’est tellement compréhensible ce pétage de plomb, cette pression qu’on se met dans le travail. Et moi, j’ai une nature plutôt dépressive. Je pouvais donc accentuer mes propres traits : l’introversion, le côté mal à l’aise. Quand elle se met à crier à l’association, cela reflète bien le problème des gens trop timides, qui ont du mal à se contrôler quand ça déborde. Moi, ça m’arrive… C’est démesuré."

Ce type de film sert de thérapie ?

"Non, parce que tout est sur le ton de l’amusement. Je ne me perds pas dans le personnage. Il n’y a pas de laisser-aller comme dans une thérapie. Mais c’est très agréable et utile de rire."

Y compris de l’anglais, que vous parlez trop bien ?

"C’est drôle de pouvoir se moquer de détails aussi personnels. Quand c’est vrai, c’est plus marrant. Se moquer de ma maladresse m’amuse."

À quoi ressemble votre projet avec Wim Wenders ?

"On l’a tourné à Montréal, en été puis en hiver. Je n’ai pas vu le film. Mais je peux vous dire que c’était un personnage très douloureux à jouer. Cela parle de la perte d’un enfant, un sujet lourd. Mais j’ai découvert une légende de la mise en scène. Et comme tous les grands, il est terriblement humain, chaleureux, familier; il n’y a aucune prétention. Il est très vrai. Ce n’est pas pour rien si c’est une légende."

Est-il aussi exigeant qu’on le dit ?

"Oui. On sent qu’il ne va pas céder s’il n’est pas satisfait. Il peut être colérique, mais pour de bonnes raisons. Il n’y a rien de gratuit. J’aime bien travailler avec de vraies natures comme ça."