Michael Cimino, l’enfant chéri puis honni d’Hollywood, est mort, samedi, à 77 ans.

C’est Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, qui a annoncé la triste nouvelle samedi soir sur Twitter, rapidement confirmée par le “New York Times” : Michael Cimino est mort ce 2 juillet dans des circonstances inconnues. Le réalisateur américain a été retrouvé inanimé dans sa maison de Los Angeles. Il avait 77 ans.

Quand on pense à Cimino, surgit immanquablement l’ombre de “La Porte du Paradis, film maudit qui, en 1980, a marqué à jamais le 7e Art. Quand, 30 ans après, on demande à ceux qui ont participé cette aventure le souvenir qu’ils en gardent, les qualificatifs fusent  : “désastre”, “Titanic”, “trahison”, “Irak”… L’histoire d’Hollywood est pavée d’échecs retentissants; aucun, sans doute, n’a autant marqué les esprits que celui-là….

Adulé puis brûlé par Hollywood

En 1979, Cimino était pourtant le nouveau roi d’Hollywood, après avoir décroché deux oscars (meilleur réalisateur et meilleur film) pour “Voyage au bout de l’enfer”, son second long métrage seulement après “Le canardeur” en 1974, petit film de braquage emmené par Clint Eastwood (pour qui Cimino avait écrit, l’année précédente, “Magnum Force”, le deuxième volet de l’Inspecteur Harry).

Mais en 1980, lorsque sort “La Porte du Paradis”, Cimino est conspué. Cette fois, il ne reçoit pas d’oscar mais le Razzie Award du pire réalisateur… Tandis que la presse américaine se déchaîne. Au lendemain de la première à New York, le grand critique Robert Ebert écrit : “‘La Porte du paradis’est le plus scandaleux gâchis cinématographique que j’ai jamais vu.” Cimino aura beau revoir son montage de fond en comble, le film fait un four. Et provoquera la faillite du studio United Artists, fondé 60 ans plus tôt par Charlie Chaplin, D.W. Griffith, Mary Pickfod et Douglas Fairbanks…

A la fin des années 70, United Artists était un symbole de liberté créatrice. A cette période, il produit “Apocalypse Now” de Francis Ford Coppola, “Raging Bull” de Martin Scorsese ou encore “Manhattan” de Woody Allen. Impressionnés, à raison, par le génial “Voyage au bout de l’enfer”, l’un des premiers films à aborder la Guerre du Vietnam, deux producteurs exécutifs du studio offrent une carte blanche à Cimino. Le cinéaste de 39 ans choisit de revenir sur la “Guerre du comté de Johnson”, qui déchira le Wyoming entre 1889 et 1893. Mais pas question pour Cimino de livrer un western hollywoodien classique. Prenant beaucoup de liberté avec l’Histoire, il pose un regard très critique sur la Conquête de l’Ouest. Dans ce film viscontien, on ne trouve pas de cow-boys et d’Indiens mais de riches éleveurs anglo-saxons massacrant des migrants des pays de l’Est débarqués sur leurs terres pour tenter leur chance comme paysans. Et cela, d’après Cimino, avec la complicité des autorités américaines.

Fossoyeur du cinéma d’auteur américain  ?

Si le film se solde par un fiasco, ce n’est pas seulement à cause de son sujet – le cinéaste se montrait déjà très dur vis-à-vis de la politique américaine dans “Voyage au bout de l’enfer”. C’est surtout la production qui est en cause. Cimino prévoyait un budget de 7,5 millions de dollars. Mais comme ce fut le cas pour l’“Apocalypse Now” de Coppola, le budget va exploser, jusqu’à atteindre 44 millions de dollars  ! Rapidement, la confiance est rompue entre le metteur en scène et ses producteurs, notamment lorsqu’il impose, contre leur volonté, la Française Isabelle Huppert et son anglais approximatif. L’échec est fatidique pour United Artists, qui sera racheté par la Metro-Goldwyn-Mayer en 1981. Tandis que Cimino sera longtemps considéré comme le fossoyeur du cinéma d’auteur américain. “La Porte du Paradis” marque en effet la fin de ce Nouvel Hollywood audacieux né au début des Seventies…

Trente ans après le tournage de “La porte du Paradis”, Kris Kristofferson, qui y incarne le shérif amoureux d’Huppert qui décide de rejoindre les rangs des immigrants pauvres, estime que cette réputation est injustifiée. Il affirme au contraire qu’on s’est servi du film “pour mettre un terme à une façon de réaliser des films où le réalisateur était l’auteur et contrôlait le budget”

Un chef-d’œuvre reconsidéré

Depuis, “La Porte du Paradis” a été largement réévalué, désormais considéré comme un jalon important du 7e Art. Cette démystification du mythe fondateur de la nation américaine passe nettement mieux dans la société américaine aujourd’hui qu’en 1980, à la veille de l’arrivée au pouvoir d’un ancien acteur de western, un certain Ronald Reagan… Tandis qu’en 2012, Michael Cimino pouvait enfin présenter au festival de Venise le “final cut” (3 h 36) de son film, un “un chef-d’œuvre absolu” pour Alberto Barbera, le directeur de la Mostra, qui estime que “la version intégrale originale avait été massacrée par ses producteurs”.

Comme Leos Carax avec “Les amants du Pont-Neuf”, Cimino ne se remettra jamais réellement de “La Porte du Paradis”. Si, en 1985, il signait encore “L’année du dragon”, excellent polar coécrit avec Oliver Stone mettant en scène un Mickey Rourke aux prises avec les triades chinoises de Chinatown à Manhattan, ses trois derniers films seront à nouveau des échecs  : “Le Sicilien” avec Christophe Lambert en 1987 (où le cinéaste renouait avec ses origines italiennes), “La maison des otages” avec Mickey Rourke en 1990 (remake d’un classique de William Wyler) et l’ésotérique “The Sunchaser” avec Woody Harrelson en 1996.