C’est plutôt rare un titre qui donne envie déjà à lui seul de voir un film. Adieu les cons en fait partie, tant on a tous rêvé d’un jour pouvoir prononcer cette phrase. Mieux, Albert Dupontel en profite pour signer une œuvre grinçante de très haut vol, une sorte de Brazil à la française, truffée de situations absurdes et de constats terrifiants d’inhumanité. De loin, à notre avis, la meilleure comédie de l’année. Avec, cerise sur le gâteau, une Virginie Efira au sommet de son art.

Le petit monde de Suze Trappet s’effondre en apprenant que ses anticorps, au lieu de la défendre, se sont retournés contre elle. L’analogie avec la police utilisée par le médecin vaut à elle seule le détour, mais ne fait pas rire la coiffeuse. Car désormais, il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Le temps lui est donc compté si elle veut retrouver son fils, que ses parents l’ont forcée à abandonner à la naissance alors qu’elle n’avait que 15 ans. Or, pour obtenir la moindre info de la lourde machine bureaucratique truffée de fonctionnaires pointilleux uniquement intéressés par le règlement, il faut avoir la vie devant soi. Ce qu’elle n’a plus.

Le hasard met sur sa route Jean-Baptiste Cuchas (Albert Dupontel), génie de l’informatique et des systèmes de sécurité. Désespéré d’avoir loupé la promotion qui constituait le seul sens de sa vie, il enregistre un message qui se termine par "Adieu les cons", puis enclenche un tir de carabine dont est victime… le collègue du bureau d’à côté. Pour les policiers, pas de doute, c’est un acte terroriste. "JB" doit donc être mis hors d’état de nuire. Mais, inconscient, il a été "kidnappé" par Suze. Qui n’accepte de prouver son innocence en lui restituant l’ordinateur avec lequel il s’était filmé qu’à condition de l’aider à retrouver son enfant. L’ennui, c’est que l’informatique possède quelques limites. A commencer par celles des archives que personnes n’a digitalisées. Le duo va donc devoir recourir aux services de M. Blin (Nicolas Marié, exceptionnel de drôlerie), un aveugle devenu phobique de la police depuis qu’elle lui a fait perdre la vue lors d’une bavure.

Oscillant en permanence entre le burlesque et la noirceur kafkaïenne, entre la folie du mode de fonctionnement des institutions et la loufoquerie des discours manipulateurs, Albert Dupontel décrit avec une infinie tendresse ou un réalisme implacable l’absurdité de certains aspects de notre société. C’est par moment hilarant, à d’autre effrayant. Exactement comme lors du génial Neuf mois ferme.

Dans ce divertissement touché par la grâce, qui met en exergue nos dysfonctionnement personnels et collectifs, Virginie Efira apporte une touche d’humanité salvatrice. Impossible de ne pas éprouver d’empathie pour cette femme trop gentille, trop polie, qui a toujours obéi sagement et qui, un jour, n’a plus d’autre choix que de transgresser les règles idiotes qu’on lui a toujours imposées sans raison si elle veut pouvoir partir l’âme en paix. Et tout aussi impossible de ne pas hurler de rire lorsque l’impayable Nicolas Marié réinvente les vieux gags du cinéma muet (comme l’aveugle qui s’échappe en voiture...) ou hurle "Les handicapés ne vont pas en prison".

Alors, préparez le gel hydroalcoolique et les masques et foncez voir cette merveille au cinéma : même si à la sortie, on a envie de crier "Adieu les cons", qu’est-ce que cette bouffée de liberté très montypythonesque fait du bien. Cela fait longtemps qu'on n'avait plus vu une comédie hexagonale aussi fraîche et noire, aussi implacable, aussi drôlement terrifiante. A ne pas manquer, donc.