Les cinéphiles attendaient ça depuis le mois de mars : enfin un blockbuster sur les grands écrans. Et pas n’importe lequel : Tenet, la nouvelle réalisation du cinéaste le plus inventif de ces dernières années, Christopher Nolan. Comme à chaque fois, le réalisateur de Batman Begins, The Prestige, Inception, Interstellar ou Dunkerque change radicalement de registre, tout en gardant un goût marqué pour la présentation déroutante de la réalité.

Cette fois, c’est le film d’espionnage, avec de gros clins d’œil à James Bond, qu’il revisite en le mâtinant de science-fiction. Pour faire simple (ce que le film n’est pas du tout…), avec l’aide d’un mystérieux ami (Robert Pattinson, qu’on n’avait plus vu aussi convaincant depuis une éternité), un super agent de la CIA (John David Washington, juste épatant) se voit confier une mission impossible : sauver le monde, attaqué par ses habitants du futur, bien décidés à éliminer tous nos contemporains avec des “armes inversées” qui réagissent à la pensée. Et tant pis pour le “paradoxe du grand-père”, qui veut que s’ils éliminent leurs lointains ancêtres, ils pourraient très bien ne jamais voir le jour à l’avenir.

Vous suivez toujours ? Pour arriver à leurs fins, ils peuvent compter sur Sator (Kenneth Branagh), un magnat russe capable de remonter à l’envers dans le passé via des “tenailles temporelles”.

© Warner Bros.

On vous assure que ça, c’est bel et bien la version simplifiée. À l’écran, il faut parfois solidement se casser la tête pour suivre tout ce qui s’y passe, avec des personnages qui reviennent du futur en marche arrière (ce qui donne tout son sens au titre en palindrome: la même histoire peut être vécue dans un sens ou dans l'autre), des protagonistes qui se croisent eux-mêmes en chemin inverse dans une nouvelle réalité (un peu comme Marty McFly dans les suites de Retour vers le futur) et une séquence de bataille assez tordue mêlant des combattants présents sur le champ de bataille en même temps tout en ayant dix minutes de décalage et en ne marchant pas dans la même direction. Ajoutez à cela des bruits très fortement amplifiés et des musiques sourdes lancinantes, et vous n’aurez encore qu’une faible idée du délire visuel proposé par Christopher Nolan.

Pour les fans d’Inception, c’est le régal absolu. Les réalités s’entremêlent, les prises de tête sont garanties du début à la fin. Les amateurs de grand spectacle, eux, resteront bouche bée devant la destruction d’une chambre forte par un avion de ligne, les courses-poursuites filmées à grande vitesse au ras du sol, l’attaque surprise d’un opéra par un groupe terroriste, l’escalade supersonique d’un immeuble ou le détournement de tous les codes des James Bond (jolies filles malmenées, décors de rêve tout autour de la planète pour des plans machiavéliques, objets de luxe détruits joyeusement).

On ne retrouve pas nécessairement autant de créativité visuelle que dans Inception, mais le montage des scènes d’action où certains évoluent à l’endroit et d’autres à l’envers (et c’est aussi vrai pour les objets ou les bâtiments) est vraiment impressionnant. Quant à la démolition pragmatique finale du message philosophico-écologique, elle constitue un petit modèle de noirceur qui n’est pas sans rappeler The Dark Knight.

En dépit d’une histoire difficile à suivre en raison de la multiplication des temporalités (les fameuses “tenailles temporelles”) et d’explications scientifiques assez tordues, Tenet devrait donner envie aux cinéphiles de retourner en salle. Car il n’y a que là qu’un spectacle aussi grandiose peut être visionné. Et plus d’une fois, de préférence, pour tenter de tout comprendre et de ne pas se perdre dans des scènes de guerre extrêmement déroutantes.

Une telle œuvre, de par sa complexité tellement opposée à toutes les normes hollywoodiennes, ne peut pas faire l’unanimité. Mais il s’agit bien de l’événement annoncé. Tenet va déchaîner les passions, dans un sens ou dans l’autre. 

© Warner Bros.