Claude Brasseur, qui vient de fêter ses 80 ans, sera demain en salle dans Camping 3.

Ne tournons pas autour du pot : quelle tristesse de voir Claude Brasseur en papy atteint d’Alzheimer dans Camping 3 (demain au cinéma). Cet immense acteur, qui vient de fêter ses 80 ans (le 15 juin), incarne tant de bons souvenirs, de Vidocq au Souper, en passant par Un éléphant ça trompe énormément, La boum, La crime, Monsieur papa ou La guerre des polices, que cela fait mal au cœur de le voir cabotiner ainsi.

"En ce moment, je n’ai aucun projet de cinéma parce que les propositions ne me plaisent pas, explique-t-il de sa voix éraillée reconnaissable entre mille. Camping 3, pour moi, c’était le plaisir de retrouver l’ambiance du tournage et l’équipe."

Qu’est-ce que vous aimez chez Jacky ?

"Plus je vieillis, plus je vis avec mon enfance, plus je regrette mon adolescence. Jacky commence à se faire chier avec lui-même et je vis moi aussi comme ça. J’ai envie de nouveauté ou de folie… Jacky court après sa jeunesse."

Et vous après la vôtre ?

"Mes parents l’ont écrit dans leur autobiographie : ils n’ont jamais désiré avoir un enfant. Ma mère, je l’ai surtout fait chier dans sa carrière. Avec mon père, j’ai eu des rapports agréables, mais plutôt copain-copain. Ils pensaient surtout à leur métier. Je n’ai jamais vu la vie comme ça. Je me suis toujours amusé à faire des conneries. Comme le Dakar avec Jacky Ickx. C’est un souvenir extraordinaire même si on me prenait pour un fou. Les acteurs ont trop souvent des plans de carrière. Mon agent m’avait poussé à refuser Un éléphant ça trompe énormément . Il pensait que cela allait déplaire à ma clientèle car c’était un homosexuel ! Je lui ai dit qu’il me confondait avec un épicier et je l’ai viré. Il y a trop peu de films qui font du bien pour les manquer."

Vous regrettez le manque d’imagination à votre égard ?

"Oh oui ! J’ai l’impression qu’on me propose toujours la même chose. Peut-être à cause de l’âge… Mais je pense qu’il y a un vrai manque d’imagination. C’est par modes. À un moment, il n’y en avait que pour les Compagnies de Robert Lamoureux. Puis les polars. Et maintenant, c’est la mode des films sociaux. J’ai l’impression de voir les actualités. Tout ce qui m’emmerde à la télé, je le retrouve au cinéma ! Il y a des inondations. Et alors ? On va faire plein de films sur les inondations ! L’art dramatique a toujours été fait pour distraire, dans le bon sens. Les suites, vous savez, nous aussi on en a marre. C’est pour ça que je vais jouer une pièce complètement dingue, de Laurent Baffie, Jack Daniel , avec Daniel Russo et Nicole Calfan. C’est l’histoire de vieux pochtrons qui racontent leur vie. C’est très drôle, tendre, plein d’autodérision. Les répétitions commencent fin août pour jouer à partir du 20 septembre à Paris."

Perdre la mémoire, ça vous fait peur ?

"L’art dramatique n’est pas un problème de mémoire. Comme disait Sarah Bernard, le théâtre, ce n’est rien du tout : tu me parles et je te réponds. Et c’est vrai ! Cela vient tout seul. Si une scène est difficile à apprendre, c’est qu’elle est mal écrite."

"J’ai honte de dire que je vais bien"

Casquette vissée sur la tête et espièglerie de mise, Claude Brasseur vient d’entrer dans le club des joyeux octogénaires avec le sourire. "J’ai l’impression d’avoir juste quatre fois vingt ans (rire ). Je ne réalise mon âge que le matin, au niveau de la récupération. Sinon, cela m’embête de le dire, mais je vais très bien."

Pourquoi cela ? "Je suis mal à l’aise dans le monde actuel. Il y a une ambiance de haine, les gens sont agressifs, bêtes, surtout parmi ceux qui devraient nous gouverner. C’est lamentable. Il y a tant d’inégalités, d’injustice, de cynisme. Cela me gêne donc de dire que moi, je suis en bon état pour mon âge et heureux grâce à ma femme, mon fils et mes petits-enfants. J’ai presque honte de dire que je vais bien. J’ai de la chance et j’aimerais que tout le monde puisse en dire autant. Et j’ai peur de l’avenir pour nos enfants."