Il était mort de peur à l’idée de grimper le Ventoux. Il a pourtant relevé le défi pour La grande boucle


PARIS À l’écran, dans La grande boucle , le cycliste amateur François Nouel (Clovis Cornillac) et le rappeur Ame Strong (Doudou Masta) se livrent un duel sans merci sur les surnoms des rois de la petite reine. Et si, un jour, on étend ce quiz aux forçats du grand écran, il ne faudra pas chercher bien loin le nom du plus maso des acteurs. En préparation du film, Clovis Cornillac s’est en effet astreint à parcourir plus de 6.000 km à vélo !

“C’est beaucoup, c’est vrai. Mais maintenant, je fais du vélo pour mon plaisir. Je ne roulais pas avant. Quand j’ai commencé à m’entraîner, pour ne pas être doublé et parce que je me sentais proche de François Nouel, je pensais qu’un col hors catégorie était inhumain. Une folie. Pendant l’entraînement, mon entraîneur a voulu me faire grimper le Ventoux. On partait de Carpentras. J’avais un trac terrible pendant les 30 km qui me séparaient du col. J’avais peur. Je ne me sentais pas capable de monter. J’étais persuadé que cela me clouerait les jambes. Mon entraîneur m’a dit de le monter tranquillement. Je l’ai fait à mon rythme. Cela fait mal aux jambes, mais pas tant que ça. Je montais virage après virage. En profitant du paysage. J’ai pris mon temps, avec des moments plus durs et d’autres qui me donnaient l’impression de récupérer un peu. Quand on arrive en haut, c’est magnifique. Après la descente, j’avais des jambes de feu. Je planais, en pleine euphorie.”

Ce n’est quand même pas donné à tout le monde…

“Si. La vraie difficulté, c’est de rouler au rythme des autres. Ça, c’est épuisant. Mais à son rythme, on y arrive.”

Quelle est la différence avec les autres films sportifs ?

“La plupart des films sportifs sont ratés car c’est très compliqué d’être à la hauteur d’un match en train de se dérouler. Il y a une excitation inégalable. Le film n’est d’ailleurs pas sur le Tour de France. Raconter une étape, c’est ennuyeux. Ici c’est très anglo-saxon : on est plus proche de Rocky que de Goal. On ne fait pas vivre la compétition mais les aspects humains de l’épreuve. C’est un film sur le dépassement de soi. Cela parle à tout le monde.”

On sent beaucoup de tendresse vis-à-vis de votre personnage.

“C’est ça que j’adore : on ne se moque de personne. Il n’y a que de l’amour. Le sport a cette vertu de fédérer, de créer une ambiance de solidarité très particulière. En racontant l’histoire d’un amateur, le cinéma permet l’identification et la mise en avant de sensations que tous les sportifs connaissent. Dans une époque très dure, de crise, placée sous le sceau du cynisme permanent, ce film véhicule des valeurs simples, universelles, authentiques. Aujourd’hui, si on dit : Je t’aime, on passe tout de suite pour un con. C’est quand même fou. Ce film met en avant des valeurs populaires qui me font penser au sport que j’aime.”

Aux États-Unis, François Nouel aurait concurrencé les pros…

“Je n’aurais pas accepté le film, alors. Ici, ce n’est pas un blockbuster sous le drapeau étoilé. On reste près des gens, à suivre un exploit personnel encore plus beau qu’un exploit sportif. François veut récupérer sa femme, son fils et réaliser son rêve. C’est bien plus beau que de gagner une étape. Le cycliste qui bat le record de l’heure pour centenaires est d’une poésie absolue. Il est plus touchant qu’un champion. Dans le sport, la notion de souffrance est liée au plaisir. Il faut se dépasser, se révéler à soi-même.”

On vous a vu en Astérix aux Jeux Olympiques, maintenant vous faites le Tour de France. C’est quoi la suite, une Coupe du Monde de foot ?

“Ce serait génial. Surtout au Brésil. La France n’est pas encore sûre d’y aller mais la Belgique me paraît bien partie. Avec Hazard, ce n’est pas un hasard. Le sport, j’adore ça.”



© La Dernière Heure 2013