Le Mark Darcy de Bridget Jones adore les rôles cruels!

CANNES Pour le grand public, Colin Firth est mieux connu sous le pseudo de Mark Darcy, fiancé coincé et maniéré de Bridget Jones. Voire en tant qu'écrivain besogneux qui se met au portugais dans Love Actually. Deux images romantiques très éloignées de son rôle d'humoriste violent, dépravé, désespéré et cynique dans Where the truth lies. «J'ai une longue carrière derrière moi, mais Vince fait partie de mes plus beaux rôles. Il a confiance en lui, il contrôle la partie. Jouer la cruauté, c'est super. Mais j'ai déjà incarné des personnages plus violents que celui-là... Les choix ne sont jamais basés sur un seul critère. Et je me demande toujours si j'ai eu raison d'accepter le rôle: ce sera peut-être mon dernier, après tout... Avec un certain bon sens, Peter O'Toole disait: Un pour le show, un pour les dollars. Moi aussi, je serais sans doute malheureux si je ne faisais pas de petits films. En tout cas, je ne fais rien en fonction de mon image. Elle est tellement éloignée de ce que je suis. Ce rôle sera probablement perçu comme une nouveauté par le public. Mais si l'image est importante, il ne faut jamais oublier qu'on ne choisit pas en fonction d'elle, mais parce qu'on trouve le rôle intéressant. Ici, il fallait créer quelqu'un à partir d'un bout de sa personnalité. Moi, j'ai choisi le gentleman anglais. L'important, c'est la relation entre les deux personnages principaux. Atom Egoyan m'avait demandé d'aborder le rôle comme si j'étais américain, tout en gardant un petit côté anglais. C'est pour cela que Vince a des manières de gentleman lorsqu'il n'est pas sur scène.»

Pas question, pour autant, de s'identifier à lui. Même pas en ce qui concerne la célébrité. «Certains veulent être le centre de l'attention, être regardés. Moi, je pense qu'il faut rester noble. C'est juste une question d'options. On peut choisir de privilégier sa famille. Le succès, c'est comme une drogue. On ne peut pas le contrôler, mais bien déterminer jusqu'à quel point on veut s'y impliquer. Et si tout s'effondre? Je n'aurais pas le temps d'être dévasté, comme dans le film. Je ne sais rien faire d'autre que jouer la comédie. Si je n'arrivais pas à trouver des rôles qui me donnent force, espoir hors de cette industrie, j'arrêterais. Je ne sais pas comment ça marche, mais ça marche... Jusqu'à maintenant, ma carrière est régulière, pas météorique, vers le succès. C'est peut-être une déception, mais cela m'a sans doute fait du bien. Cela dit, quand j'ai lu le scénario, qui raconte l'histoire d'un type désespéré, isolé en haut de sa colline, loin de tout, en proie à un terrible secret (il n'y a pas d'enfer plus grand que le sentiment de culpabilité), j'ai peut-être vu mon propre avenir...»

© La Dernière Heure 2006