Domino. Un plantage signé Tony Scott

BRUXELLES Domino Harvey n'était pas n'importe qui. Son père, Laurence, fut le partenaire de John Wayne dans Alamo et celui de Frank Sinatra dans Un crime dans la tête. Un cancer l'emporta en 1973. Sa fille débuta dans le milieu des top models avant de devenir... chasseuse de primes! Mêlée à diverses affaires de trafic de drogue, elle ne parvint jamais à se débarrasser de ses errements. Elle mourut l'été dernier d'une overdose, non sans avoir participé à la réalisation du film de Tony Scott qui évoque sa destinée.

Auteur de belles réussites comme USS Alabama, Ennemi d'État ou Spy Game, le petit frère du grand Ridley fut un admirateur de la sulfureuse Domino. Hélas!, cette passion s'est vite transformée en dépendance. Dès la mise en route, on se perd dans le montage et dans la débauche d'images. Sans caricaturer, quand on vous met dans la vue quatre plans d'un quart de seconde pour montrer qu'un homme allume une cigarette, puis qu'on remet ça pour décrire une phrase d'interrogatoire décalée dans la chronologie de l'histoire, celle-ci vous échappe dans une tempête d'irritation.

C'est regrettable: le sujet valait mieux que cette succession maladroite de clips speedés gâchant tout, à commencer par le talent de Keira Knightley. La présence à ses côtés d'un Mickey Rourke pourtant sobre et d'une Jackie Bisset toujours photogénique ne parvient pas à sauver l'ouvrage du naufrage qui tend aux abîmes dans la séquence finale d'une niaiserie morale typiquement US, à faire pâlir George W. Bush en personne.

© La Dernière Heure 2005