La Française Marion Cotillard est à l’affiche de deux films américains à Cannes

CANNES Paradoxe et réalité d’un festival international comme Cannes : c’est en anglais, avec un groupe de journalistes de toutes les nationalités, que nous avons interviewé Marion Cotillard. Mais un paradoxe logique, puisque les deux films sélectionnés à Cannes dans lesquels elle apparaît cette année ont tous deux été tournés aux États-Unis : Blood Ties , réalisé par Monsieur Cotillard Guillaume Canet, et The Immigrant de James Gray (qui a aussi coproduit et coécrit le premier).

Dans les deux films, la comédienne française interprète une immigrée – italienne dans le remake des Liens du sang , polonaise chez James Gray. Ce qui l’a amenée, outre l’anglais, à s’exprimer dans deux autres langues étrangères. “J’avais déjà eu une expérience désastreuse sur un précédent film où je devais parler italien et mon accent était exécrable, remarque-t-elle. En préparant ce film, je me suis dit que mon personnage, Monica, devait être italienne. C’est une intuition que j’ai eue très tôt, tout au début de ma réflexion sur ce rôle. J’en ai parlé à Guillaume, qui m’a dit : super ! Et tout de suite après, je me suis dit : Mais tu ne parles pas italien ! J’ai dû apprendre à le parler en donnant l’impression que c’était ma langue maternelle…”

Pour la comédienne , ce type de travail semble être une manière de dominer cette “peur” qu’elle affirme ressentir à chaque tournage. “Je ne sais pas d’où cela provient. J’essaie de ne pas l’analyser. C’est juste comme ça. Et cela découle aussi du fait que je ne veux pas contrôler la moindre émotion. J’ai besoin de me perdre dans le rôle. C’est la raison pour laquelle je rassemble tant de matériel, de la musique, des photos, tout ce qui peut me nourrir et nourrir le personnage. Je me mets dans un état de disponibilité et je laisse l’inspiration remplir le vide que représente encore le personnage avant le tournage.”

De son compagnon Guillaume Canet, devant la caméra duquel elle avait déjà joué dans Les petits mouchoirs , elle loue comme qualité le métier d’acteur. “Il sait ce que c’est d’être un acteur sur le plateau, ce que ça représente de jouer avec ses émotions. Il est très respectueux et généreux avec les acteurs. Je lui fais une totale confiance.”

L’actrice ne voit par contre guère de différences entre un tournage américain et un tournage français. “Je ressens autant de différence entre deux films français de réalisateurs différents qu’entre un film américain et un film français. Travailler avec Guillaume ou Olivier Dahan (La Môme) n’a rien de comparable. Maintenant que j’ai aussi l’écho de l’expérience d’un réalisateur français ayant travaillé aux États-Unis, je constate surtout que les différences sont d’ordre technique.”

C’est sur un autre plan que la comédienne, connue pour ses convictions écologiques, perçoit une différence. Et pas dans le sens que l’on pourrait croire. “Les tournages français et européens sont les moins écologiques que l’on puisse imaginer. Ils s’en foutent. C’est incroyable. Alors qu’aux États-Unis, en particulier en Californie, ils sont beaucoup plus préoccupés par la question : il faut recycler sur les tournages. Le rêve, ce fut sur le tournage d ’Inception, grâce à Leo (DiCaprio, NdlR), qui est un militant écolo très actif. Là, vous aviez intérêt à recycler.”

Enfin, à ceux qui craindraient que sa présence dans leur prochain film ne fasse soudain exploser l’économie des films des Dardenne, la très bankable Française affirme adapter son salaire au budget des films qu’elle désire tourner. “Mon contrat avec Dior me permet de faire ce que je veux. C’est un luxe. Il m’arrive d’accepter des films pour lesquels je suis moins payée qu’à mes débuts.”



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