José Garcia n'aime pas les films d'auteur où il ne se passe rien

BRUXELLES Amuseur public numéro un de la nouvelle génération des acteurs comiques français, José Garcia est, avec Benoît Poelvoorde, un des rares comédiens aussi à l'aise dans les rôles excessifs que dans les oeuvres au noir les plus sobres. Ce n'est pas un hasard si Richard Berry, pour son thriller psychologique La boîte noire, lui a confié le rôle, difficile et pas du tout amusant, d'un amnésique amené à fouiller dans sa tête pour retrouver sa propre personnalité. «Le problème du cinéma d'auteur, en France, c'est qu'il ne s'y passe rien! Certains cinéastes s'étalent sur des problèmes personnels qui tournent dans leur tête depuis des années, signent des oeuvres bavardes d'un niveau de complexité hallucinant qui n'intéressent qu'eux-mêmes! Ces films-là ne m'amusent pas, ni en tant que spectateur ni en tant qu'acteur. Ils ne me touchent pas. Dans dix ans, peut-être... J'ai eu la chance de jouer pour Carlos Saura, Costa-Gavras, qui ont une vision plus large du film d'auteur: ils parlent en profondeur à un très large public, tout en garantissant le spectacle. Et le film de Richard Berry entre dans cette catégorie. Il possède une vision personnelle, un univers particulier, mais c'est avant tout une oeuvre captivante.»

Vous ne pouviez pas en être sûr à la lecture du scénario...

«Non, bien sûr. Mais j'ai eu un coup de foudre et un coup de chance. Parfois, on tombe amoureux d'un projet, et ce n'est pas nécessaire de lire le scénario pour se décider. Ici, la chance, c'est d'avoir reçu le script au bon moment. À Cannes, alors que je devais prendre l'avion le lendemain pour venir tourner à Liège pour Costa-Gavras. J'avais du temps libre pour lire attentivement. En fait, on devrait toujours m'envoyer les scénarios quand je suis en promo, pour que je les feuillette dans le train! Actuellement, j'en reçois un nouveau tous les deux-trois jours. Je n'arrive plus à lire un roman, et cela me culpabilise. C'est pour cela aussi que je ne donne pas mon adresse e-mail aux copains: pour moi, Internet, c'est juste un outil de travail. Dès lors, ça m'énerve de perdre mon temps, à 23 h, après m'être occupé des enfants, de télécharger la blague du cochon qui pète. Ça me donne envie de tuer le type qui m'a envoyé ça! Ça me rend fou!»

Fou, est-ce que votre personnage ne l'est pas un peu de consulter, au sortir d'un coma, cette cassette qui ouvre les clés de son inconscient?

«Je l'écouterais aussi à sa place! C'est superintéressant. Une occasion unique d'en apprendre plus sur soi-même. Mon passé ne contient rien de violent qui pourrait m'abattre. Et puis, tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort... Mais si j'avais connu une existence plus difficile, emplie de doutes, si j'avais un esprit torturé, peut-être que j'aurais peur de ce que je pourrais découvrir. Moi je sais qu'on fait un métier de dingue, mais j'aime faire rire ou toucher le public.»

Les acteurs parlent souvent des réactions du public alors qu'ils ne restent pas aux avant-premières!

«En France, les avant-premières en province se terminent souvent par un débat avec les spectateurs. J'adore ça. Certains doivent rassembler tout leur courage pour poser une question que d'autres vont peut-être trouver débile. Si je fais de l'humour à ce moment-là, c'est foutu. Plus personne ne va parler. Chaque question est importante. C'est une question de respect. Souvent, les gens parlent de leur propre expérience. Parfois, des professionnels posent des questions plus techniques. Un psy m'a reproché d'avoir mis des dessins à l'envers. Pour détendre l'atmosphère, je lui ai dit que j'allais virer l'accessoiriste! Une jeune fille m'a un jour dit qu'elle détestait tout ce que je faisais. J'ai cru qu'elle blaguait, mais non. C'était instructif. Comme lorsque sept personnes disent qu'ils sont heureux de me voir changer de registre: ça traduit peut-être un ras-le-bol des farces. Pour rien au monde je n'arrêterais ces rencontres avec le public: elles me permettent de rester dans la vraie vie.»

Propos recueillis par P. L.

La suite de l'interview paraîtra dans le Télé dimanche de cette semaine.

© La Dernière Heure 2006