Huit ans après la fade satire hollywoodienne Maps to the Stars, dix après une plongée très clichée dans les entrailles de Manhattan avec Cosmopolis, onze après l’affrontement entre Freud et Jung dans A Dangerous Method, David Cronenberg retrouve avec Crimes of the Future la veine de son film le plus controversé, mais aussi l’un des plus appréciés par ses fans, Crash, qui érotisait déjà les mutilations. Autant dire que les âmes sensibles vont en avoir des hauts le cœur. Car le cinéaste canadien de 79 ans décide d’explorer, au pied de la lettre, la beauté intérieure.


Dans un futur pas si lointain, suivant les règles de l’évolution, certains êtres humains produisent de nouveaux organes, tatoués, qui s’exhibent lors de grands shows en direct sur Internet. Certains se sont tellement adaptés à leur environnement pollué, synthétique, qu’ils ne mangent désormais quasiment plus que du plastique. Dans ce monde interlope, où la chirurgie est considérée comme "le nouveau sexe", assisté par des laboratoires scientifiques illégaux et encouragé par des admiratrices fans de son "œuvre", Saul Tenser (Viggo Mortensen) s’est fait greffer une tirette gigantesque sur le ventre, afin que Caprice (Léa Seydoux) puisse littéralement embrasser sa beauté intérieure.

A force de multiplier les références mystérieuses, d’enchaîner les scènes selon une logique difficile à suivre, de s’extasier devant des personnages emplis de doutes qui philosophent à tour de bras, le tout dans des décors sordides et des ambiances malsaines qui donnent juste envie de quitter la salle, David Cronenberg nous perd très rapidement. On comprend bien le sens global de sa fable (l’impact de l’environnement et de notre production de déchets sur notre nature profonde), mais que c’est compliqué d’éprouver le moindre intérêt pour ses protagonistes ou pour leurs aventures totalement hermétiques.

A moins d’être passionné par la science-fiction horrifique agrémentée de quelques scènes bien répugnantes, voilà 1 h 47 d’ennui garanti.