Le Hobbit: la désolation de Smaug: 8/10

Le deuxième volet de la trilogie du Hobbit se révèle extrêmement spectaculaire.

RÉSUMÉ La montagne solitaire est en vue pour Bilbon, Gandalf et la compagnie des Nains conduite par Thorin. Mais l’heure n’est pas encore aux réjouissances. Pour semer Azog et ses Orques assoiffés de sang de Nain, il faut traverser la suffocante, terrifiante et hallucinogène Forêt noire. Et cela, sans l’aide du magicien gris, inquiet des informations reçues en provenance de Dol Guldur, la forteresse où sévirait le Nécromancien.

NOTRE AVIS Le deuxième volet d’une trilogie, par essence, est toujours le plus délicat. L’effet de la nouveauté n’existe plus et la conclusion du récit se fait attendre. Pour éviter le petit coup de mou, Peter Jackson a concentré dans cet épisode les deux confrontations les plus attendues par les fans : celle avec des araignées géantes monstrueuses (vraiment impressionnantes) et, naturellement, le début de la bataille avec le dragon Smaug, enfin dévoilé à l’écran.

Pour les inconditionnels de l’œuvre de Tolkien, ce n’est que du bonheur. Legolas (toujours personnifié par Orlando Bloom qui ne peut cacher un âge plus avancé que dans ce qui est censé être la suite…) effectue un retour tout en surf et en tirs à l’arc, Gimli est astucieusement évoqué lors de l’arrestation des Nains par les Elfes gouvernés par le père de Legolas, tandis que Peter Jackson multiplie les passerelles avec Le seigneur des anneaux.

Un grand show truffé de cascades, d’évasions, de longues discussions, de manipulations et de combats. Visuellement, c’est tout simplement éblouissant. Même si, par moments, on a l’impression de regarder un jeu vidéo dernier cri tant les batailles sont animées et denses.

Tous ceux que l’univers fantastique de Peter Jackson laissait de marbre ne vont pas changer d’avis avec La désolation de Smaug. Tout leur paraîtra trop long, trop bavard, là où les fans, à qui ce film d’une grande richesse narrative est clairement destiné, trouveront le temps trop court. Notamment en raison de Tauriel, joliment incarnée par Evangeline Lilly, une création du cinéaste qui enrichit la trame, manie les armes comme personne et apporte une dose bienvenue de sentiments.

L’humour enfantin du premier opus cède le pas à l’aventure, une certaine dose de noirceur supplémentaire, plus de cynisme et des explications de ce que sera la Terre du Milieu 60 ans plus tard, à l’époque du Seigneur des anneaux.

C’est spectaculaire, rythmé, fascinant. Un must absolu… pour les fans.

Casse-tête chinois: 8/10

Avec New York pour décor, ce troisième volet est plus adulte et plus désabusé.

RÉSUMÉ Entre Xavier (Romain Duris) et Wendy (Kelly Reilly), le bel amour né huit ans plus tôt s’est délité peu à peu. Elle en aime un autre, qui vit à New York et part s’y installer. Pour voir ses enfants, une semaine sur deux, il traverse à son tour l’océan, découvre une ville, pose ses valises chez Isabelle (Cécile de France), désormais trader dans la Grosse Pomme et qui cherche un donneur de sperme pour son enfant à venir. De pas simple, la situation de Xavier passe à carrément problématique quand il est menacé d’être renvoyé en France, faute de carte de séjour et d’appartement. Sa seule solution ? Contracter un mariage blanc. Sauf qu’alors qu’il fait croire à l’administration qu’il est raide dingue de la très asiatique Nancy, Martine (Audrey Tautou) débarque avec arme (son irrésistible sourire) et bagages (ses enfants)…

NOTRE AVIS Sans avoir l’air d’y toucher, toujours sur le même mode décontracté et décalé - Xavier est toujours le narrateur, cette fois, au travers des pages d’un livre qu’il est en train d’écrire, puisqu’il est devenu un auteur à succès -, Cédric Klapisch a changé de génération et, du coup, a embrassé les problèmes qui vont de pair : familles recomposées, éloignement, homoparentalité, crise de la quarantaine et on en passe.

L’avantage, c’est que les présentations sont déjà faites et qu’on jubile à l’idée de retrouver ces personnages (et derrière eux les acteurs) qu’on a déjà aimés par deux fois. Et si les situations sont parfois un peu extrêmes, si les quiproquos et les rebondissements semblent sortis d’une pièce de boulevard, on aime infiniment les revoir tous, un peu marqués par les ans, un peu désabusés, mais au fond toujours prêts à rire et à retomber amoureux. Le tout, comme toujours, sur une musique qui vous colle aux oreilles et au cœur pendant longtemps, longtemps…

Free birds: 8/10

Des gallinacés volent une machine à remonter le temps pour supprimer Thanksgiving. Un délice.

RÉSUMÉ Toute règle a son exception. Chez les dindons, elle s’appelle Reggie. Le seul à découvrir que tout le monde va finir roti en croûte pour Thanksgiving. Par chance, il est gracié par le président. Mais le prélassement présidentiel est de courte durée. Il est enlevé par Jack, une montagne de muscles complètement dinde, donc vraiment pas gâtée du côté des neurones. Ce fou furieux n’a qu’une idée en tête : voler une machine à remonter le temps et abolir Thanksgiving, comme le lui a ordonné le Grand Dindon.

NOTRE AVIS Ce dessin animé complètement déjanté aurait pu porter la griffe des Monty Python ou de Nick Park (le créateur de Wallace et Gromit). Tant le scénario verse dans l’absurde et les dialogues dans le délicieusement crétin. Reggie et Jack sont à la fois doux, durs et dindes ! Ni l’un ni l’autre ne comprennent vraiment dans quelle aventure ils se lancent. L’un le fait par mysticisme, l’autre… emporté par bien plus costaud que lui.

Tout le talent de Jimmy Hayward, de retour au dessin animé cinq ans après Horton, consiste à rester cohérent dans la folie. Tout est hallucinant mais chacun s’évertue à agir comme si c’était normal.

Si la rencontre avec les ancêtres indiens vaut son pesant de délire, la plus belle trouvaille reste la machine à remonter le temps elle-même. Dotée d’un esprit vif, du sens de la répartie, du pouvoir d’invisibilité et même d’humour sans avoir l’air d’y toucher, elle offre quelques ralentis irrésistibles sur le cauchemardesque premier voyage temporel de Reggie ou fait montre de juste ce qu’il faut d’impertinence en restant serviable. Un délice. Pas sûr que cela suffira à définitivement rayer les dindes du repas de Noël, mais petits et grands devraient craquer pour ces gallinacés mis à l’honneur dans un dessin animé de haut vol entièrement axé sur l’inventivité. On en est tellement dinde qu’on en reprendrait bien une tranche…

Henri: 6/10

Une tranche de vie émouvante sur la solitude, les rencontres et l’espoir.

RÉSUMÉ La vie a plutôt été douce et indolente avec Henri. Ses pigeons constituent sa seule préoccupation. Pour le reste, à part cuisiner au restaurant en suivant scrupuleusement les conseils (ordres ?) de sa femme et boire un coup avec les copains, il n’y a pas vraiment de contrainte. Mais au décès de Rita, tout change. Désormais, il va falloir tout gérer. Et reprendre sa vie en main. Tant bien que mal. Pour l’aider, sa fille engage un "papillon blanc", une handicapée mentale, Rosette. Entre ces deux natures paisibles, le courant passe bien. Et même beaucoup plus que ne l’avait imaginé le quinquagénaire taiseux.

NOTRE AVIS Peu de dialogues, encore moins d’action, rien que des rencontres toutes simples du quotidien : Yolande Moreau mise sur la sérénité pour son nouveau long métrage, 8 années après Quand la mer monte. Avec en leitmotiv la chanson de Petula Clark, La nuit n’en finit plus. Un air à la fois triste (la solitude en est le thème) et optimiste ("J’ai envie d’aimer, j’ai envie de vivre malgré ce vide"), révélateur du ton aigre-doux de ce drame qui oscille entre résignation et révolte, solitude et espoir.

Une petite tranche de vie dans le Borinage touchante, par la grâce d’une mise en scène tendre, lente, sereine et de deux interprètes tout en rondeur, en douceur, en expressions retenues. Il s’en dégage au final un bien-être, un calme intérieur et une grande envie de croire en l’être humain.

Les amateurs de divertissements hollywoodiens n’y trouveront pas leur compte, mais les découvreurs de petites perles hors du temps devraient être charmés.

100 % cachemire: 2/10

90% pas drôle. Valérie Lemercier rate sa comédie sur l’adoption.

RÉSUMÉ Directrice d’une revue de mode et expert de la vente d’art moderne, Aleksandra et Cyrille baignent dans l’argent. Ce qui leur permet de raccourcir considérablement les procédures d’adoption d’un petit Russe de 7 ans, Alekseï. Mais le gamin, qui ne parle pas un mot de français, perturbe rapidement leur petit confort avec sa mauvaise humeur, ses caprices, les dégâts occasionnés. Comme même les nounous engagées ne répondent pas à l’attente, l’adoption vire au cauchemar.

NOTRE AVIS Pour la première fois en quatre réalisations, Valérie Lemercier a écrit toute seule cette comédie. Et, malheureusement, ce n’est pas une réussite. Les catastrophes provoquées par le petit garçon à la tête boudeuse sont avant tout évoquées par ses parents adoptifs. Ce qui les rend plus désespérantes que drôles.

L’histoire évolue par à-coups, au gré de changements brutaux de comportement des uns et des autres, sans l’ombre d’une explication. On s’aime ou se déteste sans s’appuyer sur le moindre élément.

Sans doute consciente de la faiblesse de l’intrigue, Valérie Lemercier tente de la pimenter avec des personnages secondaires hauts en couleur. Mais tellement caricaturaux ou énervants qu’ils ne font qu’excéder. Le travail, l’éducation, la famille, les amis sont eux aussi à peine effleurés puis aussitôt oubliés par Valérie Lemercier. Tout cela manque clairement de cohérence, de rythme, de profondeur.

Deux ou trois scènes amusantes, quelques rares bons mots, cela ne suffit pas pour faire rire. Comme l’émotion n’est pas non plus au rendez-vous (les évolutions des personnages sont incompréhensibles donc peu touchantes), cette comédie pleine de bonnes intentions se suit sans réel plaisir. Une vraie déception.