Mike Newell considère Harry Potter et la Coupe de feu comme un... thriller

LONDRES Mike Newell entrera dans l'histoire comme le premier réalisateur britannique de la saga Harry Potter. Le plus âgé aussi, pour l'instant. Et le plus provocateur! Au point de se réjouir ouvertement qu 'Harry Potter et la Coupe de feu soit interdit aux moins de 12 ans non accompagnés d'un adulte en Angleterre, ou déconseillé aux moins de 13 ans aux USA (chez nous, il est enfant admis, et cela doit profondément le décevoir...). «Il faut faire attention à ne pas briser cette machine profitable. Le film ne doit pas ressembler à son auteur, mais respecter prioritairement le roman. Celui-ci est beaucoup plus dur: Harry affronte l'essence du Mal, pas une araignée géante! J'étais donc soulagé d'apprendre que le film est PG-13 aux USA: cela prouve que j'ai respecté l'esprit du livre! Mon fils de dix ans sera sans doute un peu surpris, mais cela devrait aller. Je voulais que le résultat, à l'écran, plaise aux jeunes, pas aux enfants, sans être considéré comme une insulte par les adultes.»

C'était votre ambition première, sortir du moule?

«Mon ambition était de survivre! C'était un pari risqué de résumer ce livre colossal, trop gros pour une seule histoire et pas assez consistant pour deux films, d'en garder l'esprit pour en faire un grand cocktail d'action, de romance, de divertissement, dans lequel le thriller devait l'emporter. A mes yeux, il s'agit d'un test de moralité, mais aussi une leçon de vie que les spectateurs peuvent retrouver et appliquer.»

Vous le considérez avant tout comme un thriller?

«Exactement. Pour moi, dès le départ, Voldemort est en charge de l'histoire. C'est lui qui mène la danse, dans des intentions obscures, mystérieuses, effrayantes. J'ai beaucoup étudié les thrillers paranoïaques, comme Les hommes du président ou La mort aux trousses. Ce sont ces références-là que j'ai données à Daniel Radcliffe. Au début, il ne comprenait pas. Il me demandait pourquoi je voulais le faire jouer comme ça. Je lui ai dit qu'il devait imaginer qu'il était Cary Grant. Des choses bizarres surviennent. Il ignore ce que le méchant a prévu pour lui. Toute l'histoire consiste à découvrir ce qu'on lui a réservé, à quel point il est dans les problèmes! Vous connaissez quelque chose de plus angoissant que ça? C'est exactement le principe appliqué dans Harry Potter et la Coupe de feu: Harry ignore tout des intentions de Voldemort ou des épreuves qu'il lui a réservées. C'est le fondement même du thriller.»

En changeant de registre, vous ne craignez pas une chute au box-office?

«Je me fiche du box-office. Les films de la série Harry Potter ont chaque fois coûté plus cher et rapporté moins. Mais la barre est placée tellement haut que n'importe quel réalisateur rêverait de la frôler! Même si c'est 100 millions de moins que pour Le prisonnier d'Azkaban, je serais ravi si on atteignait les 700 millions de dollars de recettes mondiales. »

Vous avez une responsabilité, celle de ne pas saborder la suite de la saga...

«Il ne peut pas y avoir d'orthodoxie, une ligne imposée pour Harry Potter. C'est trop grand pour ça. La glorieuse incertitude du métier, c'est de parvenir à raconter une histoire. Avec le style adéquat. Il faut varier, pour ne pas lasser. Mon père écrivait, mes parents étaient très branchés théâtre, livres, et j'ai donc lu énormément de bonnes choses étant jeunes. A l'université, j'ai découvert les auteurs du 17e siècle, qui m'ont donné le goût des personnages. Si vous analysez ma filmographie, de Donnie Brasco à Quatre mariages et un enterrement ou Le sourire de Mona Lisa, le schéma est toujours le même: un bon personnage se retrouve dans une très mauvaise passe. Et il en va de même pour Harry Potter.»

Comment voyez-vous la suite?

«Sans moi! L'histoire peut survivre à un changement de personnage secondaire comme Dumbledore, mais ce serait plus difficile de recaster un des trois enfants. Pourvu qu'ils ne quittent pas la série...»

© La Dernière Heure 2005