S’il ne fallait garder qu’un seul qualificatif pour désigner les deux Trainspotting, ce serait inattendu. En 1996, quand Danny Boyle adapte le roman éponyme de Irvine Welsh centré sur une bande de jeunes Écossais complètement accros à l’héroïne, personne ne s’attend à ce que ce film à petit budget (3 millions $) recueille un tel succès, aussi bien critique (on parlera de film d’une génération) que public (71 millions $ au box-office mondial).

Vingt et un an plus tard, plus personne n’espérait une suite, avec le même casting et le même réalisateur. Il faut dire qu’Ewan McGregor a très mal encaissé le fait de ne pas avoir été choisi par le cinéaste pour La Plage, le rôle échouant finalement à Leonardo DiCaprio. À tel point qu’ils sont restés en froid pendant une dizaine d’années. En outre, Jonny Lee Miller ne voyait pas l’intérêt de prolonger l’histoire. Il fallut trois scénarios, intégrant des thèmes qui lui étaient chers comme l’impact des décisions de jeunesse ou du vieillissement pour qu’il donne son feu vert. Enfin, les quatre acteurs principaux avaient des emplois du temps assez peu compatibles.

“Il a donc fallu qu’on case 50 % du travail dans 35 % du planning, ce qui a été très compliqué, a expliqué le producteur Bernie Bellew. Si vous ajoutez à cela le fait que le scénario comprend de nombreuses scènes de nuit en extérieur, alors qu’il n’y a que trois heures et demie d’obscurité réelle durant l’été écossais, vous imaginez les contraintes auxquelles nous avons été confrontés…”

Rien n’est parvenu à décourager Danny Boyle. Pour qui cette les deux films forment un ensemble. “Ce qu’il faut bien réaliser, c’est que le temps n’est pas une ligne droite, il fait des boucles, déclare-t-il. La première, plutôt belle, concerne le Spud (Ewen Bremner, ndlr), qui débute par la suite désespérante d’addiction et de cure, d’addiction et de cure… avant qu’il ne retrouve sa voie, vers la fin. À ce moment-là, le film fait une boucle vers le livre original et le premier long métrage. C’est comme l’extension d’une madeleine de Proust. C’est la beauté du temps. Qui peut être terrifiant, quand on regarde les conséquences.”

Vous voilà prévenus : visionner les deux Trainspotting à la suite constitue une expérience assez déroutante.