"J'avais besoin d'un système pour donner une nouvelle vision, plus moderne, du vampire", a raconté le cinéaste italien

ROME Pour la première fois, le festival de Cannes accueille un film d'horreur d'un maître du genre, Dario Argento, qui propose hors compétition une version de "Dracula" revisitée grâce à la technologie 3D, "une découverte fantastique".

"J'avais besoin d'un système pour donner une nouvelle vision, plus moderne, du vampire", a raconté à l'AFP le cinéaste italien, lors d'un entretien à Rome dans le cadre suggestif de sa boutique-musée "Profondo Rosso", du nom de son thriller d'épouvante de 1975.

Selon ce passionné d'innovations, cette technologie est désormais "presque parfaite, beaucoup plus légère qu'au début".

Fils d'un producteur cinématographique et d'une photographe de mode, Dario Argento aime expérimenter et a utilisé la steadycam ou des images générées par ordinateur bien avant ses pairs.

Quand il évoque la 3D, son regard timide s'illumine: "c'est une grande découverte, c'est l'hologramme, cela ajoute de la profondeur à l'image, on voit les différents plans, ce qui se passe derrière, pas simplement une série de photos à plat".

A 71 ans, "le magicien de l'horreur" est persuadé que la 3D se généralisera comme autrefois le cinéma en couleur: "les premiers films étaient des dessins animés puis il y a eu des westerns, des films historiques et puis tout est devenu en couleur, ce sera pareil pour la 3D".

Calme et affable à l'opposé de la cruauté et la violence de ses films, Dario Argento se dit "très reconnaissant" à Thierry Frémaux, délégué général du festival, de lui "avoir fait l'honneur" de l'inviter à Cannes pour une projection spéciale le 19 mai du premier film d'horreur jamais montré sur la Croisette.

En revanche, celui qui figure parmi les trois cinéastes préférés de Quentin Tarantino hausse les épaules quand on évoque les films hollywoodiens de vampires.

"Ça, c'est un filon de romans pour adolescents, moi j'ai réalisé une histoire classique, d'après le livre de Bram Stoker, pour marquer aussi le centenaire de la mort" de l'écrivain irlandais (1847-1912), explique-t-il, entouré d'accessoires inquiétants: squelettes, tête de rhinocéros, demi-buste sanguinolant de femme torturée ou mannequin aux jambes amputées.

Sa galerie personnelle des horreurs avec portes dérobées et grilles grinçantes reconstitue bien l'atmosphère étouffante de la vingtaine de films qu'il a réalisés depuis "L'Oiseau au plumage de cristal" (1970), qui fut un énorme succès.

Grâce à la 3D, il espère que son Dracula "fera encore plus peur" car il "rend l'action plus convaincante". Il s'est adjoint les services du directeur de la photographie de son film "Suspiria" (1976), Luciano Tovoli, pour "restituer la même couleur éclatante".

Dracula, coproduction italo-franco-espagnole dont la sortie est prévue vers octobre-novembre, a été tourné dans un village médiéval du Piémont (nord-ouest) et un château du Val d'Aoste. Pas en Transylvanie où "les châteaux sont abandonnés ou transformés en bed and breakfast et où les villages moyenâgeux ont tous été détruits".

Fidèle à la trame de Stoker, le réalisateur explique avoir "pensé le personnage de Dracula d'une façon différente, certainement très féroce mais en l'adaptant" à son cinéma, marqué par ses propres cauchemars et hallucinations.

Sans crainte de se mesurer au passé, Dario Argento avoue avoir puisé des idées dans la version culte avec l'acteur britannique Christopher Lee ("Le cauchemar de Dracula", 1958): "c'est le premier film de vampire que j'ai vu, j'ai été très impressionné par la bouche ensanglantée et le visage furieux de Lee".

Le "Prince des ténèbres" le fascine par "sa manière d'affronter la réalité, sa bisexualité puisqu'il a des relations avec hommes et femmes, sa nature sauvage, le fait qu'il dorme le jour, se lève la nuit, aime énormément de femmes". "C'est un homme de notre époque", note le cinéaste.

Cinéaste à l'inspiration iconoclaste --du roman policier aux classiques grecs avec une obsession pour les meurtres gore-- il n'exclut d'ailleurs pas que d'aucuns voient dans son "Dracula" une allusion à la réalité: "il y a certainement quelque chose de la politique italienne mais ce n'est pas moi qui le dirai".

© La Dernière Heure 2012