À la fois naturelle et élégante, Déborah François avoue faire attention à son apparence. 

"Cela dépend toujours d’à qui on s’adresse. On montre différents visages à différentes personnes. On ne se présente pas de la même façon à son patron, à son amoureux ou à sa famille. Donc, même si on a l’impression de changer nous-mêmes notre apparence, en fait, c’est la personne qui nous regarde qui le fait. C’est un effet de miroir."

Qui ne la perturbe pas trop. "J’essaie de ne jamais être en représentation : c’est comme ça qu’on se plante, qu’on a l’air bête. Cela se voit." Avant d’ajouter : "En fait, je suis de moins en moins en représentation. J’ai plus confiance en moi et donc, j’ai moins peur de mes opinions ou qu’on se dise que ce que je pense est stupide. Je suis en train de lâcher…"

Mais l’approche de la trentaine la touche quand même. "La société est plus difficile avec l’âge des femmes que celui des hommes. Je n’y crois pas du tout quand on dit que la trentaine n’est pas un cap et que cela ne fait absolument rien. D’ailleurs, est-ce que vous connaissez une seule femme à qui cela n’a rien fait ? Même si le fait de ne plus jouer les lycéennes mais des femmes de mon âge m’a fait du bien."


"Quel ennui de ne pas travailler !"

Déborah François était heureuse d’ajouter une comédie à sa filmographie, Ma famille t’adore déjà, déjà visible au cinéma.

Elle avait un peu disparu des écrans depuis son triomphe en secrétaire de compétition dans Populaire, en 2012. À 29 ans, Déborah François effectue un retour en douceur dans Ma famille t’adore déjà (en salle depuis mercredi), une comédie grinçante dans laquelle elle incarne une jeune femme incapable de tenir tête à ses très riches et prétentieux parents (Marie-Anne Chazel et Thierry Lhermitte).

"Je n’ai jamais arrêté de tourner, mais les films ne sortent pas nécessairement tout de suite", explique-t-elle tout en dégustant un sandwich et des frites. "Il n’y a pas eu de creux directement après Populaire , comme on pourrait le croire. La plus longue période sans tourner a duré 9 mois, et c’était la plus longue de toute ma vie."

C’était agréable d’avoir le temps de souffler ?

"Non. Certains films ne se sont pas faits, d’autres ont été repoussés et j’en avais marre ! Je tourne très vite en rond quand je ne tourne pas. Quel ennui de ne pas travailler !"

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce rôle de femme assez naïve et effacée ?

"Le scénario m’a fait rire, et ce n’est pas si courant que ça pour une comédie. (rires) Je suis très difficile… Comme j’en tourne peu, il fallait donc faire celle-là. En plus, le côté familial m’attirait beaucoup. Cette fille de 30 ans qui en a 15 dans sa tête, qui porte une petite tresse pour aller voir son père, est à la fois ridicule et surréaliste. J’aime ça. On pousse le bouchon, pour les besoins de la comédie, mais ce genre de rapport arrive tout le temps. Cela arrive souvent de mentir à ses parents, mais pas autant . (rires) C’est énorme."

Vous réagissez comment face au mensonge ?

"C’est un ressort de comédie qui m’amuse beaucoup. Les personnages pris entre deux feux sont souvent très drôles. Ils se fissurent entre deux envies. Ici, le mien offre tout le temps son côté le plus lisse à ses parents. Et je crois que c’est révélateur d’un phénomène de plus en plus courant : on vieillit plus doucement."

Vos parents ont vu le film ?

"Pas encore, mais j’ai très envie qu’ils le découvrent. Cela va les changer… Mon frère était comme un dingue quand je lui ai dit que j’allais tourner une comédie. Il m’a dit : Ah ! enfin, tu vas nous faire rire. C’était assez drôle."

Vous aviez face à vous des pointures de la comédie, comme Marie-Anne Chazel et Thierry Lhermitte…

"Ça met la pression au départ. Ils sont rodés, plein d’inventivité, et il faut se mettre à leur niveau. Je les ai beaucoup observés. Face à eux, on est hyperspectateur. C’est un vrai bonheur. À chaque prise, ils introduisent des choses auxquelles on ne s’attend pas. Ils ont aussi beaucoup joué au théâtre et c’est formidable pour apprendre la souplesse du comédien. Thierry et Marie-Anne, ce sont des machines de guerre. Ils ne montrent jamais qu’ils sont déstabilisés. Ils sont prêts à tout et jouent des éléments de surprise. Ils ont un bagou dans l’impro assez incroyable. Et parfois, ils sont parvenus à me déstabiliser. Ils jouent, c’est ça qui est drôle. Moi, au début, j’étais très impressionnée puis j’ai essayé de les surprendre, de leur faire avoir un fou rire comme au théâtre, mais c’est impossible. Eux, ils prennent la nouveauté, font un petit sourire et puis utilisent ce nouvel élément pour improviser. Ils sont toujours parfaits dans la scène."

Vous vivez une extraordinaire demande en mariage extraordinaire…

"C’était tellement mignon que lors de certaines prises, je terminais en larme. C’était trop chou… La demande de mariage rêvée, et c’est moi qui l’ai eue !"