Tonie Marshall, la réalisatrice d'Au plus près du paradis, est décédée à l’âge de 68 ans d'une "longue maladie".

Le sourire frondeur, les cheveux courts en pétard, le verbe humoristique et la réplique aisée, Tonie Marshall ressemblait à ses films, Enfants de salaud ou le formidable Vénus beauté (institut). Ses yeux trahissaient l’envie de rire. Et sa manière de rendre la vie plus drôle, c’était de tourner des comédies passant à la moulinette tous nos petits travers. Hélas, la seule femme jamais couronnée meilleure réalisatrice aux César, pour Vénus beauté (institut), a définitivement déposé sa caméra. Elle est décédée ce 12 mars à “des suites d’une longue maladie”, a annoncé son agente, Elisabeth Tanner. Elle n’avait que 68 ans.

Lorsqu’elle fit ses débuts, comme comédienne, en 1972 dans L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la Lune de Jacques Demy, elle était surtout considérée comme la fille de la grande Micheline Presle (aujourd’hui âgée de 97 ans) et du réalisateur américain William Marshal (décédé en 1994). Malgré sa composition d’une prof de français haute en couleur dans Les Sous-doués, en 1980, c’est en passant derrière la caméra qu’elle se fait réellement un nom dans le cinéma français. Avec un ton caustique et un goût des dialogues ciselés, elle aime croquer les grands faits de sociétés à travers la vie de gens simples. Enfants de salaud (sur les liens familiaux), Vénus beauté (institut) (sur les relations amicales et les rêves professionnels au sein d’un institut de beauté avec Nathalie Baye et Audrey Tautou), France Boutique (sur les dérives du téléachat), Au plus près du paradis (sur les amours de jeunesse, avec Catherine Deneuve) ou Tu veux ou tu veux pas (avec Sophie Marceau et Patrick Bruel en accros au sexe) sont les plus belles illustrations de son talent pour se moquer gentiment des défauts de ses contemporains. En misant à chaque fois sur des situations assez banales et des répliques percutantes. “Les dialogues, c’est mon petit plaisir, nous confiait-elle en 2003, à l’occasion de la sortie de France Boutique. J’ai adoré Audiard parce qu’il savait créer un univers avec ses phrases. La façon de parler des gens est capitale. Une fois qu’on sait comment parle un personnage, on l’a déjà défini en grande partie. Trop souvent, au cinéma, tout le monde s’exprime de la même façon. Moi, j’aime les tics de langage. J’ai demandé à Judith Godrèche, par exemple, de s’inspirer d’Erin Brockovich. C’est une fille qui a des jupes ras de la bombe, des seins comme ça et qui n’en fait jamais usage. Elle reste concentrée sur ses objectifs. Judith est parvenue à apporter ce décalage : ce n’est pas vraiment une pétoulette cliché, mais elle l’est un peu quand même. Elle réfléchit toujours avec un petit peu de retard, mais elle reste concentrée sur le boulot. C’est cela qui est drôle. Et très réaliste en même temps. Elle parle vrai.”

Féministe engagée, grande partisane de l’exception culturelle française, elle n’avait qu’une seule crainte : “Le public attend souvent des parodies, alors que j’aime tourner des fictions plus mélancoliques, humaines. J’ai peur de ne pas être comprise.”

Sa verve va énormément manquer au cinéma hexagonal, tristement empêtré dans les “Tucheries”.

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Vénus beauté (institut) a gagné quatre César en 2000: meilleur film, meilleure réalisatrice pour Tonie Marshall, meilleur espoir féminin pour Audrey Tautou et meilleur scénario pour Tonie Marshall.