Remporter un trophée à Cannes, c’est presque devenu une tradition pour le cinéma belge. Mais c’est la première fois qu’un de nos films, La Civil de Teodora Ana Mihai en l’occurrence, décroche le Prix de l’Audace dans la section Un certain regard.

“Le jury possède la liberté de créer de nouveaux intitulés de récompenses, adaptés aux films, explique la réalisatrice belgo-roumaine. C’est donc la première fois qu’on décerne le Prix de l’Audace. J’étais tellement surprise et émue que je n’ai même pas demandé d’explication. Peut-être aussi parce que je trouve qu’il correspond tellement bien à La Civil. C’est un film très audacieux, en raison de la production, très compliquée, qui s’est étirée sur près de 7 ans, mais aussi de la pandémie, du sujet très sensible au Mexique (une mère cherche à sauver sa fille enlevée par des trafiquants) et du respect des histoires vraies vécues par toutes ces familles qui se sont confiées à nous. Je sais que le jury a beaucoup aimé le scénario, mais il a préféré nous donner le Prix de l’Audace est c’est formidable. Tout le monde ne comprendra pas à quoi correspond cette récompense, mais c’est beau.”

Sur le même thème, Hollywood a déjà tourné des centaines de films de vengeance, avec massacres à la clef. “Ici, c’est totalement différent, poursuit-elle. On ne s’intéresse pas aux trafiquants ou à la victime, mais à ceux qui restent, à cette maman, femme au foyer, qui doit trouver une manière de s’en sortir toute seule, car personne d’autre ne le fera pour elle. C’est une histoire atypique et fascinante. Au début, on voulait faire un documentaire, mais c’était trop risqué, il fallait s’autocensurer en raison de la sensibilité des infos. On a donc fait le choix de la fiction, pour la liberté.”

Avec ce succès cannois, désormais, les portes devraient s’ouvrir plus facilement devant Teodora Ana Mihai. “Je l’espère de tout cœur que tout sera plus simple à l’avenir. Un prix au Festival de Cannes, c’est une vraie reconnaissance, qui va faire parler du film et de son sujet -c’est le but- mais aussi me permettre de raconter toutes les histoires que j’ai en tête et que j’ai envie de partager avec le public.”