Cinéma

Anne Gruwez est montée sur scène et a pris la parole aux César. Jusqu'à la garde et Les Frères Sisters triomphent, au contraire du Grand Bain.

La tradition a été respectée lors de la 44 e cérémonie des César. Les deux comédies qui dominaient les nomination, Le Grand Bain et En Liberté !, ne laissent quasiment aucune trace au palmarès. Seul Philippe Katerine empêche les nageurs de Gilles Lellouche de couler à pic, avec un César du meilleur rôle secondaire masculin. Pour Pierre Salvadori, par contre, c’est la bérézina: pas la moindre récompense.

Comme d’habitude, c’est un drame au box-office modeste (373 768 entrées, soit le deuxième plus mauvais score de toute l’histoire des César pour un meilleur film) qui décroche la timbale: Jusqu’à la garde. Avec quatre César, dont celui du meilleur film, de la meilleure actrice pour Léa Drucker, du scénario et du montage, le drame poignant de Xavier Legrand sur la violence conjugale n’a pas laissé grand-chose à la concurrence.

Seul Jacques Audiard fait mathématiquement aussi bien avec Les Frères Sisters, César de la réalisation (déjà son troisième pour le recordman absolu des prix en France), des décors, de la photo et du son.

Alex Lutz s’en sort aussi honorablement, puisqu’il est sacré meilleur acteur pour Guy, sa formidable réalisation aussi couronnée pour la musique.

Et les Belges ? Ils s’en tirent un peu mieux que prévu. Benoît Debie a ouvert le bal de nos récompenses avec le César de la meilleure photographie pour Les Frères Sisters de Jacques Audiard. “C’est gentil, a déclaré tout sourire l’ancien collaborateur des frères Dardenne. Je tiens à remercier Jacques. C’est très important pour moi aussi de remercier toute mon équipe. Le film a été assez long et ils ont tenu jusqu’au bout. Je remercie aussi tous les réalisateurs qui m’ont permis d’arriver jusqu’ici.”

Quelques minutes plus tard, comme on s’y attendait, Ni Juge ni soumise d’Yves Hinant et Jean Libon, fort de ses 230 000 entrées en salle rien qu’en France (un chiffre énorme pour un docu) a décroché le César du meilleur documentaire. Et cette fois, contrairement aux Magritte, la juge Anne Gruwez ne s’est pas contentée d’assister à la cérémonie. Elle a accompagné les deux réalisateurs sur scène. “Je veux remercier la justice de Bruxelles, qui nous a ouvert ses portes complètement, a lancé Jean Libon. On a adoré. La prochaine fois que j’irai en prison, je pense qu’on sera libéré immédiatement. Et je tiens à remercier Anne.”

Tunique grise sur un pantalon de training, collier vert autour du cou et rouge autour des chevilles, la juge d’instruction a pris la parole : “Le dernier mot est pour moi. Pour remercier de tout mon cœur ceux qui nous ont entourés. Ils ont un avenir grâce à nous si nous le voulons avec eux.” Pas la moindre pique pour le juge Hennart, qui l’avait pourtant égratignée plus d’une fois publiquement. Classe.

Cécile de France et Virginie Efira laissent une nouvelle fois filer les honneurs. Tout comme Guillaume Senez (Nos Batailles) et Lukas Dhont (Girl), devancés par Une affaire de famille pour le César du meilleur film étranger. On s'y attendait hélas un peu.Par contre, on n'avait pas prévu le désastre pour Pupille, le formidable film de Jeanne Herry, qui repart bredouille.Bref, cette 44e cérémonie des César se révèle finalement plutôt décevante. A l'image de la présentation de Kad Merad, fort peu inspiré.