Heureusement, il y a "Les chevaux de Dieu" pour relever un peu le niveau

BRUXELLES Mercredi, c'est le jour des sorties ! L'hiver est encore bien présent, les salles obscures sont donc le refuge idéal pour passer un bon moment au chaud.

Enfin, cette semaine il ne faut pas trop compter sur les nouveaux films pour voir du cinéma de qualité. Seul "Les chevaux de Dieu" tire son épingle du jeu. Pour le reste, circulez il n'y a rien à voir...



Die Hard 5

Le 5e volet des aventures de John McClane ? On préfère en rire pour ne pas pleurer…

RÉSUMÉ Lorsqu’il apprend que son fiston – avec lequel il n’a plus de contacts – a des soucis en Russie, John McClane saute dans le premier avion pour lui prêter main-forte. Et, comme toujours, il va se jeter droit dans les ennuis, puisque son rejeton est en fait un agent de la CIA chargé d’exfiltrer un prisonnier politique.

NOTRE AVIS De l’art de s’arrêter à temps… Et on ne parle pas des innombrables véhicules conduits par Bruce Willis dans ce cinquième Die Hard . La série a vécu, qu’on nous laisse les (plutôt) bons souvenirs d’un acteur s’amusant au gré d’un scénario plus dense et mieux porté à l’écran. Car ici, passez votre chemin, il n’y a rien à sauver. Dès les premières minutes, on se retrouve embarqués dans une course-poursuite qui arrache sourires moqueurs et bâillements, avant de s’ennuyer plus ferme encore dans les quelques plans faisant les jonctions entre les scènes d’action. Quant à l’histoire elle-même, elle est à la fois mince et inutilement truffée de retournements de situations. Notre seule étoile ira donc au générique de fin, signé Jagger et sa bande, puisque Die Hard 5 se referme sur Doom and gloom , le dernier Rolling Stones…

Turf

Un casting de stars pour un scénario plutôt léger

RÉSUMÉ Plutôt que de perdre leur mise toutes les semaines au tiercé, quatre copains de paris investissent ensemble dans un canasson rachitique à la langue pendue et à l’air absent que leur a revendu cet arnaqueur de Monsieur Paul (Depardieu). Ils le confient à un entraîneur de… poneys (Sergi Lopez) avec l’objectif de rentrer rapidement dans leurs frais. Mais dès sa première course, Torpille termine loin, très loin derrière tous les autres chevaux.



NOTRE AVIS Pas la peine de parier une petite fortune sur le déroulement du film et qui franchira en tête le poteau d’arrivée. C’est Fabien Onteniente derrière la caméra. Et il applique au tiercé les recettes de Camping . En changeant à peine les ingrédients. À charge pour un casting de stars de balancer des bons mots et de créer un esprit de groupe pour sauver un scénario très loin de briller par son originalité.

Gérard Depardieu n’est ni bon ni mauvais, Sergi Lopez en fait des tonnes, Vahina Giocante joue les faire-valoir de charme quasi muets, de sorte que le poids de la comédie repose avant tout sur les épaules d’Edouard Baer et d’Alain Chabat. Tous deux assurent le minimum syndical dans leur registre de prédilection, le bavardage intensif loufoque pour le premier et les airs naïfs de chien battu pour le second. Sans jamais se montrer transcendants pour autant.

Pas loin d’égaler Les seigneurs dans l’indigence humoristique et la médiocrité, ce petit divertissement peu susceptible de laisser des traces dans les mémoires fait quand même sourire de temps à autre, même si on n’est pas toujours sûr que ce soit volontaire. Bref, à moins de sortir d’une journée hyper-déprimante, marqué par un besoin irrépressible de se changer les idées avec une comédie pataude mais pas non plus inregardable, on ne vous le conseille pas vraiment. Quelle que soit la mise, le rapport n’est pas terrible…



Passion

Le dernier film de Brian De Palma, un remake qui n’avait pas lieu d’être

RÉSUMÉ Isabelle (Noomi Rapace) adore bosser pour Christine (Rachel McAdams), la chef de son agence de publicité berlinoise. Elles sont totalement sur la même longueur d’onde et s’entendent comme larrons en foire. Elles partagent aussi les mêmes goûts en matière d’hommes mais ça, Isabelle le cache à sa supérieure. Tout dérape entre elles lorsque Christine s’approprie l’idée d’Isabelle pour une campagne de marketing choc pour des jeans. Entre elles, sous des dehors amicaux, la guerre va se développer sournoisement.

NOTRE AVIS Mais pourquoi diable Brian De Palma a-t-il cru utile de tourner le remake de Crime d’amour, le thriller froid et un peu artificiel d’Alain Corneau ? On connaît sa passion pour les belles femmes, les relations vénéneuses et les connotations sexuelles, mais il ne suffit pas de faire tourner une intrigue autour de deux femmes sexy pour la rendre captivante. Or, d’évidence, il n’avait strictement rien d’autre à apporter en se lançant dans l’aventure.

Dès le départ, tout sonne faux et affreusement vieillot dans ce Dallas au féminin. Les deux protagonistes sont tellement lisses qu’on n’y croit pas une seconde. Leur soif de pouvoir, qui passe bien évidemment par le sexe et des problèmes mentaux, les pousse à commettre des actes irréparables puis à tenter de les dissimuler. Jusqu’à aller trop loin.

Comme le récit n’a rien du tout de captivant, les rêves sont censés venir le pimenter : les horreurs présentées se sont-elles réellement produites ou non ? Angoisse…

Mais Brian De Palma filme différemment la réalité et le songe, de sorte que ce piège-là ne fonctionne pas non plus. Les musiques stridentes des vieux thrillers américains et les références systématiques aux œuvres d’Hitchcock (en particulier Le crime était presque parfait ) achèvent de donner à ce film grand-guignolesque un côté fourre-tout très désagréable.

Brian De Palma savait pourtant créer comme personne des climats tendus, stressants, qui nous faisaient frissonner dans notre fauteuil. Cela appartient manifestement au passé. Un constat que l’on fait hélas depuis une quinzaine d’années…



Les chevaux de Dieu

Les chevaux de Dieu, ces croyants prêts au sacrifice ultime

RÉSUMÉ En 2003, une série d’attentats suicides a fait 41 morts et une centaine de blessés. Particularité : tous les kamikazes venaient du même bidonville. Et avaient été embrigadés par des islamistes radicaux. Leur histoire est relatée à travers les yeux de deux frères et de deux de leurs amis.

NOTRE AVIS Les chevaux sont à l’honneur ce mercredi. Mais ceux de Dieu sont nettement plus passionnants que les canassons de Turf . Il s’agit en fait de ces croyants prêts au sacrifice ultime au nom de leur religion.

Avec beaucoup de finesse, tout en usant astucieusement de la métaphore du football, Nabil Ayouch décrit tous les mécanismes qui amènent à de telles extrémités. En commençant par la pauvreté, terreau de tous les terrorismes. Les islamistes, bien organisés, disposant de moyens financiers importants et d’un discours radical bien huilé, aident les plus démunis y compris lorsqu’ils commettent des crimes et délits. Avant de les conditionner pour les attentats suicides. Que tous ne commettent pas : la barrière de la mort reste difficile à franchir, même pour des fanatiques.

Sans rien justifier, Nabil Ayouch décrit sans concession une réalité effrayante. Et pose des questions sur ce qu’il convient de faire pour endiguer le phénomène. Ce cinéma-là n’est certainement pas distrayant. Mais il permet de mieux appréhender pourquoi la menace terroriste a pris tant d’ampleur ces dernières années.

© La Dernière Heure 2013