Le cinéma n’a rien d’une science exacte. Quand Wonder Boys sort en février 2000, ses producteurs anglo-germano-américano-japonais sont persuadés de détenir si pas un chef d’œuvre, à tout le moins un des films les plus importants de l’année. Le réalisateur Curtis Hanson reste sur le triomphe de l’épatant L.A. Confidential, Michael Douglas surfe toujours sur le succès (Basic instinct, The Game, A Perfect Murder), Tobey Maguire est une star en devenir (révélé par Pleasantville, il s’apprête à devenir Spider-Man), le casting tient du rêve (Frances McDormand, Katie Holmes, Robert Downey Jr) et l’histoire est adaptée d’un best-seller éponyme de Micahel Chabon.

La confiance est donc à son zénith et l’équipe totalement sous le charme. Mais pas le public. Qui boude le film. Résultat : à peine 33 millions de dollars de recettes, pour un budget de 55 millions de dollars. Un vrai flop. Curtis Hanson est dépité. “Les raisons pour laquelle Michael et moi voulions tellement faire le film sont celles pour lesquelles il était si difficile de commercialiser, explique dans Village Voice. Comme les films sortent sur énormément d’écrans en même temps, il faut un qu’ils attirent immédiatement. Mais Wonder Boys n’est pas. facilement réductible à une seule image ou à une ligne d’annonce accrocheuse. “

Tout comme lui, la critique défend le film. Le studio, fait rarissime, se laisse convaincre de ressortir Wonder Boys en salle en novembre, avec une toute nouvelle campagne de marketing nettement plus axée sur la richesse du casting. Au sein des studios, on sait que cette stratégie est généralement vouée à l’échec. Et cela se confirme : personne ne se rend en salle pour visionner un long métrage boudé quelques mois auparavant. Mais la sortie tardive permet à Wonder Boys de décrocher un Oscar, grâce à la chanson “Things Have Changed”, composée par Bob Dylan, grand ami de Curtis Hanson.

En dépit d’un échec commercial cruel, Michael Douglas n’a cessé de placer Wonder Boys parmi ses films favoris. Et le temps lui a donné raison. Aujourd’hui, il est considéré comme un classique, une merveille de subtilité qui oscille entre le drame, l’analyse mordante d’une société axée sur la célébrité, une réflexion sur la création ou une approche très psychologique sur la difficulté de devenir adulte, même à 50 ans. Un film à redécouvrir, donc, en se demandant comment on a pu passer à côté voici une vingtaine d’années.