C’est au hasard d’une de ses multiples anecdotes que Dominique Besnehard en vient à parler de "Dix pour cent", série qu’il a initiée et qui lorgne souvent sur sa propre expérience. “Bertrand de Labbey était un agent remarquable. Un jour, il a eu maille à partir avec Richard Bohringer. Les conditions financières de Gaumont lui semblaient honorables. De Labbey les valide. Mais Bohringer veut plus. Bien plus. Au téléphone, le ton monte et Bertrand s’énerve. Réponse de Bohringer : “Quoi ? Tu oses me parler comme ça ? Mais je vais venir te casser la gueule. Cet après-midi, à trois heures et demie, je me pointe à ton bureau.” Repartie immédiate de De Labbey, flegmatique et pragmatique : “Non, pas à 15 h 30, j’ai un rendez-vous. Plutôt 17 heures ?” Les choses en sont restées là. J’ai aussi connu des actrices qui faisaient un scandale parce que les standardistes ne connaissaient pas leurs noms ! Elles débarquaient à Artmedia et elles disaient : “Comment vous ne savez pas qui je suis alors que je donne 10 % ?”. D’ailleurs dans la série "Dix pour cent" on le montre bien avec Mimi Mathy. Vous avez des actrices qui se la jouent, qui nous emmerdent et qui ne ramènent pas un rond et d’autres comme Mimi qui est très populaire et qui rapportent de l’argent à l’agence ! Ce n’est d’ailleurs pas ces dernières qui sont les mieux traitées. Un autre exemple avec Véronique Genest que je connais depuis toujours et dont je me suis occupée ! Lorsque nous nous sommes rencontrés, elle s’appelait encore Véronique Combouilhaud. À un moment, elle était très rentable pour l’agence et elle ne faisait surtout pas chier. Je lisais les scénarios avec elle, je me rendais sur les tournages avec elle. Et pourtant, à part moi, personne du bureau n’est allé la voir.”

Il y a donc une forme de snobisme dans ce milieu où vous évoluiez ?

“Complètement ! La majorité de mes collègues préféraient passer une heure sur le cas d’une actrice qui était à Cannes et qui avait fait un film probablement oublié depuis que sur les vraies pépites qui gravitaient autour d’elles. Je me suis toujours battu pour que les acteurs et actrices populaires soient reconnus. D’ailleurs, et vous pouvez l’écrire dans votre article, même Fanny Herrero (la créatrice de la série Dix pour cent, NdlR) ne voulait pas entendre parler de Mimi Mathy. Je me suis du coup mis en colère.”

Est-ce qu’on représente une star américaine de la même manière qu’une star française ?

“Les actrices américaines, je dois dire, sont toujours très professionnelles. Prenez le cas de Sigourney Weaver. Quand nous l’avons contacté pour jouer son propre rôle dans Dix pour cent, c’était à la fin de la semaine. Le lundi, elle nous faisait savoir qu’elle était partante. Avec une actrice française, cela aurait pris des semaines. Vous ne pouvez pas savoir comme c’est compliqué. En France, nous ne sommes pas du tout professionnels. La preuve : vous avez des actrices qui perdent le scénario préalablement envoyé.”

Des actrices françaises qui ont dit non à Hollywood, vous en connaissez ?

“Oui : Anouk Aimée. L’actrice, encore tout auréolée du succès d’Un homme et une femme de Claude Lelouch, Palme d’or à Cannes en 1966, se voit proposer un rôle écrit spécialement pour elle par Norman Jewison dans L’Affaire Thomas Crown avec Steve McQueen. À̀ la clé, un cachet colossal pour la comédienne. Son agent jubile. Mais aux sirènes d’Hollywood, elle préférera la Belgique, où le réalisateur André Delvaux veut qu’elle donne la réplique à Yves Montand dans Un soir, un train ! C’est Faye Dunaway qui sera choisie à sa place.”