Dans la peau deJacques Chirac. Pas besoin d’effets spéciaux : le président français se saborde tout seul…

BRUXELLES Karl Zéro aime bien brocarder les politiciens et, de façon plus générale, les hommes de pouvoir. Jacques Chirac constituait à ce titre une cible privilégiée. Mais, contrairement à ses habitudes, l’ex-trublion de Canal+ n’a pas eu besoin d’avoir recours à des effets spéciaux. Les images d’archives dans lesquelles il est allé piocher sont suffisamment parlantes comme ça.

Pendant 1h30, on redécouvre ainsi toutes les bourdes que Chi-chi a pu faire ou dire en quarante ans de carrière. À commencer par les contradictions et les revirements incessants dont il a fait preuve. Sur pratiquement n’importe quel sujet, on le voit dire tout et son contraire. Les accidents de voiture ? Un coup il demande qu’on fiche la paix aux automobilistes (”Il y a des choses plus importantes”), le coup suivant il place la sécurité routière en tête de ses priorités. Plus drôle encore, lorsqu’il affirme qu’un homme politique ne démissionne pas, pour présenter deux ans plus tard la démission de son propre gouvernement. Idem sur la cohabitation : jamais il n’acceptera ça, pour devenir ensuite le Premier ministre de Mitterrand. Mais, le summum, c’est sur l’Europe, qu’il a vilipendée pendant des années, avant d’en devenir un fervent partisan et de dénoncer ceux qui utilisent la peur dans le cadre du référendum sur la constitution européenne.
Évidemment, il y a bien d’autres choses : Chirac en campagne (et à la campagne), Chirac trahissant les siens, Chirac et Madame à la maison. Et on en passe. Mais le film ne serait qu’un habile montage d’archives si Karl Zéro n’y avait quand même pas apporté sa petite touche personnelle, en l’occurrence l’usage d’une voix offre nous permettant d’entendre ce que Chirac pense vraiment. C’est souvent cinglant et corrosif. Et pourtant tellement juste en même temps. D’autant que Didier Gustin, qui assure la voix, imite le président français à la perfection.

Malgré quelques longueurs, Dans la peau de Jacques Chirac est donc un portrait édifiant d’un homme dans sa quête effrénée du pouvoir. Et si on peut regretter qu’en définitive le film parle peu des vraies convictions politiques de Chirac, c’est peut-être tout simplement parce qu’il n’en a pas…