Exclusif: nous avons vu pour vous l'adaptation ciné des Drôles de dames. Un spectacle distrayant plein d'autodérision!

ENVOYÉ SPÉCIAL AUX ÉTATS-UNIS JEAN-PHILIPPE DARQUENNE

LOS ANGELES A franchement parler, c'est avec une certaine appréhension que nous franchissions, samedi 21, l'une des salles obscures du Beverly Center de Los Angeles. Pour tous, en effet, l'arrivée des Drôles de dames sur grand écran, 20 ans après l'arrêt de la série, ne pouvait être qu'un cuisant fiasco, en regard des tuiles rencontrées par la production depuis les prémices du projet.

Parmi les plus célèbres, on pourrait revenir sur ce scénario réécrit 14 fois (et toujours pas fini aux premiers claps), sur cette gélatineuse Drew Barrymore (25 ans) de prime abord inimaginable en nouvel ange de Charlie (mais elle est à la base de l'aventure et l'a coproduite!), sur cette réalisation de 4 milliards de FB confiée à un novice (McG alias Joseph McGinty Nichol, 30 ans, avait surtout conçu des clips pour The Offspring ou Wycleff Jean) et sur une ambiance de tournage paraît-il plus infernale que paradisiaque.

Un jour, ainsi, une dispute éclata entre Bill Murray alias Bosley (qui n'assure pas la promotion du film) et Lucy Liu alias Alex au sujet de répliques que l'un et l'autre refusaient de se donner. Bref, il y a deux mois, Charlie's Angels était encore insortable. Mais à une semaine de son lancement américain (chez nous, ce sera le 22 novembre), on peut vous assurer que cette épopée en jupons n'est pas si catastrophique que ça.

Mais que les choses soient claires: le film que vous attendez sans doute avec impatience ressemble peu au gentil feuilleton dont il s'inspire. Bien sûr, on retrouve, comme avant, les filles réunies dans le bureau de l'insaisissable Charlie (en version originale, sa voix est toujours celle de John Forsythe alias le Blake Carrington de Dynastie), elles lui mettent presque la main dessus au terme des 92 minutes de ce drôle de remake (elles découvrent sa maison, les garces!) et le thème musical de la série, bien que largement modernisé par Destiny's Child, fait plaisir à entendre. Mais à part ça...

A part ça, ce à quoi nous avons droit, c'est à un film d'action distrayant, qui ne se prend pas au sérieux (c'est son atout n°1) et est mené tambour battant par un trio de copines pratiquant l'autodérision et l'humour kitsch façon Austin Powers aussi habilement que le kung-fu et les positions surnaturelles à la Matrix. Comme dans le meilleur des James Bond, le spectacle démarre en trombe par une scène d'avion particulièrement forte (avec un dénouement à la Mission Impossible, vous verrez) et se poursuit par une enquête au cours de laquelle Natalie alias Cameron Diaz (elle n'est pas superbelle mais quel sourire!) en profite pour agiter son joli derrière et danser comme une pro. Tandis qu'Alex alias Lucy Liu, entre autres, fait un clin d'oeil au personnage qu'elle incarne dans Ally Mc Beal et joue les maîtresses cuir et SM dans une assemblée de bureaucrates absolument déboussolés.

Infiniment plus canailles et athlétiques que les anciennes protégées de Charles Townsend, nos filles, après s'être transformées en pilotes de rallye very sexy, geishas, Gretchen et même en hommes (un régal!) terminent leur mission (il s'agissait, au départ, de coincer le kidnappeur d'un jeune spécialiste en technologies de pointe) dans un château fort qui pourrait être celui des Galapiats. Là, elles mettent un paquet de beignes (sans armes à feu, s'il vous plaît), laissent les méchants sur leur faim et rattrapent le plus méchant de tous dans son bruyant hélico. Du déjà-vu, peut-être, mais l'ensemble de ces péripéties est tellement rythmé et tellement fun qu'on ferme les yeux. Pour les rouvrir devant trois créatures too much (Lucy Liu est la plus compétente sur tous les plans) dont on se dit qu'elles pourraient rappliquer dans d'autres situations encore plus folles.