Edward Norton, réalisateur néophyte

DEAUVILLE Entre le jeune meurtrier de Primal Fear et la brute nazie d' American History X, il y a autant de différence entre ce que l'on pensait d'Edward Norton avant et après l'avoir rencontré. C'est dire si le fossé est large.

Les yeux encore bouffis de sommeil, le verbe précis mais le débit hésitant, celui qui nous avait bluffés dans Larry Flynt et séduits dans Fight Club s'installe timidement au fond d'un grand canapé, regarde, au choix, le fond de sa tasse de café ou le bout de ses chaussures. Mais abat son boulot de promotion comme un bon petit soldat.

`Il n'y a pas vraiment de blagues sur les prêtres et les rabbins, chez vous, se réjouit-il. C'est moins fatigant pour moi! Aux Etats-Unis, il n'a été question que de cela pendant les interviews!´

Votre premier film en tant que réalisateur est une comédie. Cela surprend dans votre filmographie!
"J'ai écrit le script avec Stuart Blumberg, un ami avec lequel je travaille depuis de longues années. Je pense qu'il m'a donné à lire le bouquin de blagues dont nous nous sommes inspirés il y a à peu près trois ans. Je venais de terminer le tournage d' American History X. Mon copain, qui a pas mal fréquenté les synagogues et notamment celles où il se passait des choses a apporté pas mal d'idées. Beaucoup sont venues de ses réflexions sur ce que veut dire, aujourd'hui, être jeune, moderne et humaniste mais également être juif. Comment jeter des ponts entre les valeurs traditionnelles et celles d'aujourd'hui. Le premier script que j'ai lu était vraiment très drôle. Mais je ne me voyais pas jouer dans ce film et encore moins le diriger. Je pensais qu'il me demandait simplement de l'aider à réécrire cette histoire, chose que nous avions déjà faite des dizaines de fois ensemble. Nous cherchions donc un réalisateur quand, un soir que je le ramenais chez lui, dans la voiture, il m'a demandé de le faire. Depuis toujours, nous avions envie de réaliser un film à New York, mais je n'étais pas sûr d'avoir envie que ce fût une comédie (il bégaie, comme dans les films). J'ai discuté avec quelques réalisateurs que j'admire et qui m'ont tous dit la même chose: si tu as la chance de le faire dans de bonnes conditions, alors fonce.´

Parmi les réalisateurs avec lesquels vous avez travaillé, duquel vous sentez-vous le plus proche?
"Pour ce qui est du tempérament, je pense être assez proche de David Fincher, avec lequel j'ai tourné Fight club. Quand je travaillais avec lui, j'observais beaucoup sa manière de faire. C'est l'un des types les plus concentrés que je connaisse. Il ne laisse jamais retomber la tension sur son plateau. A New York, nous avons tourné dans 80 endroits différents en 60 jours. C'était une véritable course. Et dans le même temps, j'admire tellement la manière de travailler de Milos Forman et de Woody Allen. Ils ont tellement d'expérience qu'ils sont absolument relax sur un tournage."

Avez-vous pensé faire du prêtre le vainqueur de cette course à l'amour d'Anna?
"Nous y avons pensé. Mais en rendant possible sa relation avec Anna, nous réduisions à néant tout le conflit moral qui l'anime. L'idée d'un jeune type, malin, moderne et contemporain qui fait ce choix-là me semblait plus intéressante."

L'étiquette de l'intello d'Hollywood vous convient?
"Je sais que j'ai cette réputation mais c'est la presse qui me l'a faite. Mon métier, c'est de raconter des histoires, pas d'alimenter les colonnes de potins."