Pour Virginie Efira, son personnage d’ Une famille à louer ressemble à Erin Brockovich.

Avec Benoît Poelvoorde, Virginie Efira fait la paire. Jamais en reste lorsqu’il s’agit de délirer (en photographiant ses pieds pendant l’interview, par exemple), elle s’est délectée d’un rôle "d’assommeuse au poulet" qui s’habille en rose et accepte de recueillir le richissime maniaque dans sa Famille à louer . "C’est le poulet qui m’a convaincue , lance-t-elle dans un grand éclat de rire. Dès qu’il s’agit de poulet, je suis partante. Ce type de rôle, comme je suis une grande fan d’Erin Brockovich avec ses jambes interminables, la minijupe qui n’empêche pas les idées, l’enfant sous le bras et les talons aiguilles au pied, ce lien très fort à l’adolescence, cette élégance - peut-être pas vestimentaire - de l’âme, ça trouve un écho en moi. Tout comme sa démarche volontaire. On voit tout de suite qu’elle va aller au combat. C’est un personnage qu’on aborde d’abord par le physique."

Elle se laisse aller à ses faiblesses, comme l’alcool, mais retombe toujours sur ses pattes…

"Ça, je peux le comprendre (rire) . Avoir des besoins viscéraux, accepter ses dysfonctionnements, cela me parle. Par contre, elle accepte trop facilement le rôle dans lequel sa famille et ses amis l’enferment. Et elle se rebelle peu quand on lui demande plein de services au mépris de ce qu’elle est ou qu’elle fait."

Elle assume pleinement ses besoins sexuels aussi. Ce qui n’est pas si courant que ça au cinéma.

"Oui. Cela évolue mais cela reste difficile pour une femme, aujourd’hui encore, de ne pas se sentir coupable de ses désirs. Surtout si c’est une mère. Assumer profondément ses désirs, c’est une forme de féminisme. C’est politique et c’est joli. J’ai toujours de l’affection et de la tendresse pour ces femmes qui essaient d’aimer. Parfois, même entre femmes, le regard là-dessus peut être très dur. Cela fait donc du bien de casser ce type de stéréotype. Comme ceux sur la famille d’ailleurs. Moi, je me sens mieux dans un contexte qui peut sembler biscornu que dans quelque chose qui ressemble en tout point au cliché de la famille parfaite. Le véritable amour, c’est d’accepter aussi une part négative des choses. Quand on veut que tout soit bien en place, il n’y a pas d’intimité réelle possible. Il y a un risque à aimer. Avec ses enfants, on sent qu’elle se débrouille comme elle peut, mais qu’il y a du bon et de l’amour qui circulent."

Violette est éblouie quand, pour la première fois, on l’appelle Madame, on lui tient la porte. Pour vous aussi, il y a eu des "premières fois" avec ce film ?

"Oui. C’est d’une platitude sans nom, mais chaque fois est une première fois. Il faut essayer de voir ce que le projet apporte de neuf, d’essayer de voir le monde avec émerveillement. Comme mon personnage. C’est la première fois que j’incarne ce type de femme."

Vous croulez sous les projets…

"Oui, c’est beaucoup. Après, je vais me calmer. Je n’ai plus 20 ans et c’est la première fois qu’on me propose des choses aussi exaltantes qu’un petit rôle dans le film de Paul Verhoeven ou du cinéma à l’économie comme le film de Laurent Tirard avec Jean Dujardin. C’est très joyeux de varier. Par hasard, tout arrive en même temps, et j’essaie d’y répondre. Il y a dix ans, on ne m’aurait pas proposé tout ça. Il faut le temps de vieillir, d’accepter qui on est. J’ai accepté un film d’Emmanuel Mouret qui est un peu plus auteur. Du coup, on me voit un peu différemment. C’est chouette de ne pas être enfermée dans un registre."


"Benoît Poelvoorde, je le sacralisais"

Virginie Efira n’avait jamais joué aussi longtemps avec Benoît Poelvoorde. 

"C’est un voyage  (soupir amusé) . Voilà quelqu’un à qui on ne peut pas être insensible. Il vous renvoie tout le temps à vous-même. Ce n’est pas un long fleuve tranquille de jouer avec lui. Mais j’en avais envie. Benoît, je le sacralisais. Je le connaissais dans la vie mais je rêvais de jouer avec lui. Il a une puissance incroyable : la tristesse chez lui est une infinie tristesse, la drôlerie une infinie drôlerie. Il peut être d’un calme absolu ou un tourbillon, d’une grande pudeur ou déchaîné. Il est à la fois sensible et intelligent. Être confronté à quelqu’un d’aussi vaste, cela oblige à l’intime, à aller chercher loin en soi les émotions. Parfois, c’est difficile car il peut s’ennuyer plus vite qu’un autre et on se dit que c’est de notre faute. Cela m’a parfois déstabilisée mais je suis solide.   Souvent, les acteurs sont plus fragiles que les actrices."