Good luck and good night Georges Clooney est décidément un grand réalisateur

BRUXELLES L'acteur Georges Clooney avait surpris et, disons-le carrément, épaté tous les amateurs de bon cinéma avec Confessions of a Dangerous Mind, brillant portrait d'un pseudo-espion issu des médias US dans les années soixante. Cette fois, l'ex-Batman remonte le temps d'une décennie supplémentaire en évoquant le maccarthysme, sombre épisode s'il en est de la Guerre Froide vécue de l'autre côté de l'Atlantique. Rappelons que dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une commission sénatoriale dirigée par Joseph McCarthy déclencha une terrible chasse aux sorcières dans tous les milieux importants. Furent visés tous ceux ou celles qui avaient des liens avec le communisme. A Hollywood, les dégâts furent importants. Des acteurs comme le malheureux John Garfield furent écartés, des scénaristes comme Dalton Trumbo durent se trouver des prête-nom, d'autres artistes s'exilèrent et non des moindres. Charlie Chaplin en personne fut accusé de sympathie envers le communisme, à travers certaines séquences des Temps modernes, film dont la réalisation remontait à 1936!

Toutefois, c'est par le personnage d'Ed Murrow que l'auteur nous fait revivre cette époque terrible. Il s'agit sans doute du plus grand reporter de toute l'histoire de l'audio-visuel. Une vraie légende qui remonte à l'époque où ce brillant narrateur «couvrait» la Bataille d'Angleterre pour les auditeurs de l'Oncle Sam, sur les ondes de CBS. Les cinéphiles se souviennent sans doute que son personnage apparaît dans Coulez le Bismarck. Ici, le film démarre lorsque Murrow fait ses adieux à la profession, en 1958. Puis la caméra remonte cinq ans plus tôt lorsque, en pleine période de chasse aux communistes, le journaliste dénonce le licenciement abusif d'un pilote de l'US Air Force. C'est le début d'une croisade qui débouchera sur la fin du maccarthisme...

Ce n'est certainement pas un hasard si, pour son second film en tant que réalisateur, Georges Clooney a choisi une fois de plus les milieux de la télévision pour aborder son thème choisi. Son père fut lui-même animateur durant plus de trente ans. C'est dire s'il connaît bien le sujet et cela se remarque à tous les niveaux. De sorte que Good night ans good luck - c'était la formule de conclusion des émissions d'Ed Murrow - constitue une véritable leçon d'histoire cinématographique. Dans une mise en scène admirablement adaptée, où le noir et blanc permet la meilleure utilisation des archives d'époque, l'ouvrage nous rappelle qu'au fond, rien n'a vraiment changé, si ce n'est qu'on est peut-être moins bien informé encore cinquante années plus tard. L'utilité du «quatrième pouvoir» n'en reste pas moins une réalité, ne fut-ce que pour dénoncer certains excès de notre époque actuelle. Voilà un film spectaculaire par son côté authentique et didactique, et par l'intelligence de son écriture et de sa mise en scène. Avec, autour de l'excellent David Strathairn et de Georges Clooney lui-même, Robert Downey Jr, Jeff Daniels et Frank Langella.

© La Dernière Heure 2006