Entre paradis et purgatoire

Cinéma

Propos recueillis par Isabelle Monnart

Publié le

Entre paradis et purgatoire
© D.R.
Danis Tanovic revient aux affaires quatre ans après No Man's Land

NAMUR Pour l'avoir pratiqué avec assiduité lors de la sortie de son premier film, on pourrait croire que Danis Tanovic est passé maître dans l'art de la promotion. Pourtant, c'est un exercice qu'il pratique contraint et forcé. Du coup, les rencontres avec le cinéaste, à chaud, peuvent passer pour expéditives. Pourtant, sous des airs nonchalants, Tanovic va à l'essentiel. Sans fioritures, ni mots inutiles.

Comment avez-vous découvert cette histoire sur laquelle travaille Kieslowski?

«Je l'ai lue il y a cinq ans, pour la première fois, quand je tournais No Man's Land . Mais, à l'époque, ce n'était pas cette partie de la trilogie qui m'intriguait. C'était Le purgatoire. Et puis, il y a un an, mon agent m'a dit qu'il avait récupéré les droits.»

Mais vous disposiez de quoi?

«Un scénario. Tout fait. Je l'ai retravaillé un peu, mais la base était là.»

Vous y avez ajouté des choses vraiment personnelles?

«Oui, et il y a de petits hommages à Kieslowski. J'ai pris quelques scènes au Décalogue, d'autres à Bleu, Blanc et Rouge. La scène de l'abeille, celle de la vieille dame avec sa bouteille... Ensuite, il y a des choses que j'ai ajoutées: l'histoire de Médée, la coïncidence et le destin. Kieslowski a toute sa vie parlé de ça. J'ai eu un professeur qui nous avait donné un cours là-dessus. Je l'ai appelé à Sarajevo pour lui demander si j'avais le droit de l'utiliser. Il m'a dit oui et je l'ai repris pour la scène de Jacques Perrin.»

Vous avez mis longtemps à vous réinvestir dans quelque chose après No Man's Land ?

«Oui! Vous savez, la promotion des films, ce n'est pas le plus joyeux. En plus, pendant ce temps-là, on ne travaille pas. Moi, j'aime faire des films, pas en parler. Avec No Man's Land, c'était exagéré. Ça a duré un an et j'en avais vraiment marre. J'avais envie de retrouver ma famille et une vie normale.»

Mais ça vous a ouvert des portes...

«Parfois, il y a des portes qui sont ouvertes, mais ce n'est pas forcément là que vous avez envie d'aller. Alors, que la porte soit ouverte, à quoi ça vous sert, finalement?»

Par exemple à réunir un casting comme celui de L'enfer ...

«Je ne sais pas. Il faut demander aux acteurs. Mais, effectivement, je crois que je n'aurais pas eu ce casting. C'est vrai que ça, c'est une porte qui s'est ouverte.»

Vous avez refusé des scénarios foireux aux Etats-Unis?

«Oui, comme tout le monde.»

C'est difficile de résister à ça?

«Non. L'argent, je le gagne de toute façon, maintenant. Et puis, beaucoup d'argent, ça crée beaucoup de problèmes. Quand vous avez une maison, une belle maison, pourquoi en vouloir une encore plus grande? Je ne fais pas ce métier pour ça. Ce qui est important, c'est le projet. Je n'ai pas de problème avec Hollywood, mais si on ne me propose rien d'intéressant, je n'y vais pas.»

Il y avait beaucoup de bonheur et de légèreté sur le tournage...

«Ça se fait tout seul. J'aime mon métier et quand je tourne un film, je suis heureux. C'est du pur bonheur de me lever à cinq heures du matin pour partir sur le plateau. Si je ne suis pas heureux à ce moment-là, je ne vois pas quand je vais l'être. Chez moi, ce bonheur déborde sur l'équipe.»

Vous vous attendez que les gens soient plus durs avec vous, après le succès de No Man's Land ?

«Je m'en fous royalement. Mes peurs, je les ai laissées en 94 à Sarajevo. Ça, ce ne sont pas des peurs. Rien ne se compare à une situation comme celle-là. Les films, c'est comme les gens. Il y en a qui vous aiment, d'autres pas. Je ne vais pas me suicider pour la cause, mais je vais d'autant mieux apprécier ceux qui m'aiment. Quant à ceux qui n'aiment pas mon film, s'ils ont quelque chose d'intelligent à dire, je vais écouter, parce que j'ai envie d'apprendre. Il ne faut pas être fermé.»

© La Dernière Heure 2005

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