Le mercredi, c'est le jour des sorties! Même si le temps ne se prête pas à la fréquentation des salles obscures, un petit tour des films s'impose

BRUXELLES Le printemps est enfin là. Vous aurez donc plus l'envie de flâner au grand air que de vous enfermer dans une salle de cinéma. On vous comprend sauf que les sorties de ce mercredi réservent quelques bonnes surprises. Voici notre avis sur les nouveaux films de cette semaine.

Je suis supporter du Standard: 6/10

Comment se désintoxiquer de sa “standardo-dépendance ” ?

RÉSUMÉ

Quel que soit le jour de la semaine, dès que le Standard joue, Milou emprunte la voiture de l’auto-école et fonce de Bruxelles à Liège pour supporter son équipe favorite. Quitte à rentrer déprimé le soir dans la capitale. Sa passion lui coûte son boulot. Et, plus grave, le cœur de Martine, qui ne supporte plus le foot depuis que son papa l’a oubliée, petite, dans un stade toute une nuit. Conscient d’être un “footballique standardo-dépendant ”, il cherche de l’aide auprès des… alcooliques anonymes pour ne plus être accro aux Rouches

NOTRE AVIS

Voilà un film que bien des femmes vont imposer à leur mari plus portés sur les arabesques de gros velus en culottes courtes que sur les comédies romantiques. Loin d’être un hymne aux supporters comme son titre pourrait le laisser croire, cette comédie amère dévoile surtout les dégâts du foot, ce sport roi pour lequel certains sont prêts à tout.

Une excellente idée en soi. Malheureusement un peu tirée en longueur par Riton Liebman. Sans trop grossir le trait (c’est tout à son honneur), il ne parvient pas à renouveler les mésaventures d’un homme ordinaire dépassé par sa passion dévorante, incapable de se contrôler ou de faire ce qui lui plaît dès qu’il y a du foot. Le récit ronronne, tourne en rond mollement sans plus apporter d’élément de surprise ni plongée décapante dans la psychologie du supporter.

Enzo Scifo, Robert Wasseige et Mbo Mpenza font une courte apparition sympathique, à l’image d’une comédie agréable qu’on aurait aimée plus mordante, plus rythmée et plus inventive dans ses retournements de situation. Le tir au but n’est donc pas totalement transformé.



Safety not guaranteed: 8/10

Un petit bijou drôle, tendre, envoûtant

RÉSUMÉ

Du genre plutôt glandouilleur, Jeff convainc la rédac’ chef de son magazine qu’il tient un sujet en or. Dans les petites annonces, un homme cherche un partenaire pour l’accompagner dans un voyage temporel. Sans lui garantir sa sécurité. Faire le portrait de cet anonyme pourrait intéresser les lecteurs. En fait, pour le journaliste, c’est surtout l’occasion de retrouver son premier amour dans le village où a été posté le message. Et les deux stagiaires qui l’accompagnent feront bien tout le boulot à sa place. Mais la balade tourne au vrai reportage quand la jeune Darius se lie d’amitié avec l’illuminé parano qui se sent traqué par le gouvernement en raison de son invention.

NOTRE AVIS

Ce petit bijou a été financé par les producteurs de Little Miss Sunshine et cela se sent. D’un bout à l’autre, le ton est à la tendresse, la simplicité, l’humour gentiment décalé pour décrire les aventures ordinaires de personnages délicieusement originaux. Jeff le journaliste bellâtre cache son sentimentalisme derrière une façade de grand séducteur. Arnau, le stagiaire indien, ne voit le monde qu’à travers son ordinateur. Quant à Darius, la véritable héroïne du film, elle ne s’est jamais intégrée dans aucun groupe et fait montre le plus souvent d’un cynisme étonnant. Tous trois vont être fascinés par cet étrange farfelu qui croit dur comme fer à son récit. Rationnellement, tout les porte à croire à sa folie. Mais si, aussi incroyable que cela puisse paraître, son histoire était vraie ?

En permanence, Colin Trevorrow nous maintient dans l’incertitude, jouant tantôt la carte de la comédie un peu noire, tantôt celle du thriller haletant. Impossible de savoir sur quel pied danser. Ou de décrocher son regard de la fascinante Aubrey Plaza, à fond dans son aventure, même si elle n’hésite pas à trahir son ami pour les besoins du reportage. Sans avoir l’air d’y toucher, les thèmes du grand complot, des valeurs humaines, de la difficulté de rêver dans un monde surinformé ou de l’amitié sont abordés tout en douceur, amenant chacun à se demander comment il agirait à la place des protagonistes.

Cette histoire-là est tellement envoûtante qu’on regrette qu’elle se termine déjà au bout d’une heure et demie. Contrairement à la sécurité, le plaisir est garanti.

Epic: la bataille du royaume secret: 6/10

Une fable écologique par le créateur de L’âge de glace

RÉSUMÉ

De retour dans la maison de son papa après des années d’absence, Mary Katherine est désespérée de voir que rien n’a changé. La seule et unique obsession de son père tourne autour d’un monde invisible de petits êtres vivant secrètement dans la forêt. Dans lequel la pourtant très sceptique MK (les initiales, cela fait plus cool…) se retrouve plongée par magie, sans trop comprendre pourquoi. Pis, elle doit aussi sauver la régénérescence de la forêt en protégeant une cosse censée éclore sous un grand rayon de lune et non dans l’obscurité, sous peine de voir les affreux Boggans de Mandrake faire définitivement mourir la nature.

NOTRE AVIS

Mignon. Voilà le terme qui résume le mieux ce dessin animé de Chris Wedge, le créateur de L’âge de glace . Cette fable écologique, à l’humour gentil et aux rebondissements ultra-classiques, s’adresse avant tout aux plus petits. Qui craqueront pour la reine au look de Barbie capable de contrôler les arbres, pour Nod le rebelle peu désireux de suivre les règles des Hommes-Feuilles ou pour la jeune MK émerveillée par tout ce qu’elle découvre sous de simples plantes.

Ce dessin animé leur donnera sans doute envie de découvrir les mondes incroyables cachés sous les brindilles des pelouses ou les branches des bois. Rien que pour cela, il mérite le coup d’œil.

L’animation est éblouissante. Comme d’habitude. Même si on ne le remarque plus : les Américains poussent tellement loin le niveau d’excellence dans chacun de leurs dessins animés que cela paraît presque normal aujourd’hui.

Les mouvements à différentes vitesses (les petits êtres se déplacent aussi rapidement que les insectes et les humains leur paraissent lents et patauds, y compris dans le langage), les trouvailles visuelles pour entrer dans l’univers de l’infiniment petit et l’incroyable beauté de la nature font largement oublier le peu d’originalité du récit. Le résultat est donc sympa.



Star Trek into darkness: 6/10

Un blockbuster efficace mais sans surprise ni coup d’éclat

RÉSUMÉ

Toujours aussi tête de mule, le capitaine Kirk est relevé de ses fonctions pour avoir sauvé la vie de Spock au lieu de suivre les procédures imposées par le règlement. Son siège de commandant de l’Enterprise lui est cependant rapidement rendu. L’Amirauté est décimée par Khan, un surhomme capable de se régénérer à l’infini depuis plus de 300 ans. Kirk reçoit pour mission de le tuer avec de nouveaux missiles top secret. Mais le fugitif s’est réfugié chez les Klingons. Le moindre faux pas et c’est la guerre assurée.

NOTRE AVIS

En 2009, J.J. Abrams était parvenu à renouveler la saga Star Trek en explorant la jeunesse mouvementée du capitaine Kirk et celle, bien trop raisonnable, de Spock. Le côté tête brûlée de l’un et premier de classe de l’autre apportait de la fraîcheur à l’intrigue, une insolence bienvenue.

Dans ce deuxième opus, étrangement intitulé Into darkness sans qu’on explore pour autant la face sombre des héros, les présentations sont faites. J.J. Abrams en profite pour foncer plus rapidement au cœur de l’action. En suivant les recettes hollywoodiennes qui ont fait leurs preuves : des courses-poursuites haletantes, des bagarres, des explosions et du grand spectacle.

Visuellement, le résultat impressionne. Notamment lors de la chute d’un vaisseau sur Terre : incapables d’arrêter l’énorme bâtiment, les buildings s’effondrent les uns après les autres comme un jeu de cartes dans un tonnerre de poussière et de bruit. Ou lorsque Kirk et Khan sont expulsés dans l’espace au milieu des débris susceptibles de les réduire en miettes à chaque instant. Voire lors de l’affrontement vertigineux entre Spock et Khan.

Et pourtant, ce grand show efficace ne marque pas les imaginations. Les personnages se comportent trop comme les habituels héros américains en quête de rédemption, le méchant manque cruellement de charisme, l’intrigue se révèle bien moins costaude que la carapace d’un Klingon et seul Scotty a droit à une très légère existence parmi les personnages secondaires.

Rien d’indigne là-dedans, surtout pour les accros aux blockbusters truffés d’effets spéciaux mégalo prêts à pardonner les incohérences d’un script sans surprise. Mais on attendait quand même plus de bravoure, d’audace, d’originalité, de psychologie et de sens de la légende de la part du réalisateur amené à aussi relancer la saga Star Wars .



L’attaque: 8/10

Quand un homme découvre que sa femme était une terroriste. Poignant

RÉSUMÉ

Amine Jaafari (Ali Suliman), Arabe israélien, est un médecin respecté de Tel-Aviv. Il vient de recevoir une haute distinction. Ce jour-là, sa femme (Reymonde Amsellem) est partie en visite dans sa famille à Naplouse, côté palestinien. Plus tard, dans la journée, un attentat suicide est commis. Amine opère durant les heures suivantes les blessés. Il rentre chez lui. On le rappelle : il doit venir identifier un corps, celui de sa femme. Elle était sur les lieux de l’attentat. Et tout indique que c’est elle qui était le kamikaze.

NOTRE AVIS

On ne révèle pas grand-chose ici. Comme le roman de l’Algérien Yasmina Khadra dont ce film est l’adaptation, le sujet est ailleurs : la quête d’un homme pour comprendre ce qui est arrivé à sa femme. Kamikaze ou un bouc émissaire ? Ziad Doueiri, cinéaste libanais formé aux Etats-Unis, réussit dans son troisième long métrage un très efficace thriller psychologique, “L’Attentat” est aussi, forcément, un état des lieux du conflit israélo-palestinien, plus que jamais exacerbés. Le fossé entre Tel-Aviv la lumineuse et Naplouse la paupérisée de plus en plus creusé. Les vexations se multiplient. Dans sa quête, Amine découvre une réalité qu’il pensait avoir pu garder à distance. Ses certitudes sont ébranlées. Ses amitiés, aussi : lui, le médecin intégré et respecté, redevient un Arabe, forcément suspect. Comme le récent “Inch’Allah” d’Anaïs Barbeau-Lavalette, “L’Attentat” aborde aussi une évolution récente du terrorisme : les attentats perpétrés par des femmes.

Mais indépendamment de son contexte politique, “L’Attentat” est aussi le portrait d’un couple. Jusqu’à quel point connaît-on son compagnon ? Le réalisateur évite la complaisance dans la mise en scène. Il a eu le courage et la ténacité de filmer sur les lieux même du récit – une gageure compte tenu du sujet. Son équipe était composée d’Israéliens et de Palestiniens. Son acteur principal, comme Amine, est un Arabe israélien. Cette authenticité donne au film un relief particulier.

Si les films émanant de cette région et traitant du conflit ne sont plus une surprise, Doueiri parvient à apporter ici un regard différent. Peut-être parce qu’il ose s’affranchir de tout a priori idéologique ou religieux : la femme d’Amine est chrétienne, pas musulmane. Il ramène la violence du terrorisme à sa dimension humaine et individuelle. Montre la pression sociale de part et d’autre, celle qui force tout un chacun à choisir son camp, même à son corps défendant. Si, sur la forme et la trame, “L’Attentat” peut paraître classique, sur le fond, Doueiri y apporte une complexité, un mystère même, bienvenus – comme “Les Chevaux de Dieu” de Nabil Ayouch (2012), “La Désintégration” de Philippe Faucon (2012) ou “Paradise Now” d’Hany Abu-Assad (2005).