Spike Lee, le président du jury du Festival de Cannes, a annoncé la Palme d'or à Julia Ducournau pour "Titane" dès le début de la cérémonie de remise des prix, prenant de cours les organisateurs, alors qu'il était censé annoncer le prix d'interprétation masculine.

Julia Ducournau, récompensée pour "Titane" devient la deuxième réalisatrice couronnée de l'histoire du festival 28 ans après Jane Campion.

Après avoir marqué les esprits sur la Croisette en 2016 avec "Grave", film choc sur fond de cannibalisme, Julia Ducournau revient cette fois avec un thriller métaphysique. Coproduit par la société belge Frakas Productions et soutenu par la FWB, le long-métrage est distribué en Belgique par O'Brother Distribution.

Très émue, la réalisatrice a commencé son discours en anglais, avant de se reprendre.

Le Prix d'interprétation masculine a d'ailleurs été attribué à Caleb Landry Jones, pour sa performance dans "Nitram", où il incarne un jeune homme borderline qui s'apprête à commettre l'une des pires tueries de l'histoire de l'Australie. "Je suis trop ému, merci, merde", a-t-il réagi, le souffle coupé par l'émotion. Jusqu'à présent, l'acteur de 31 ans, s'est surtout illustré dans le cinéma américain indépendant.


Prix d’interprétation féminine à Renate Reinsve

La Norvégienne Renate Reinsve a décroché le prix d'interprétation féminine en clôture du 74e Festival de Cannes, pour sa performance dans "Julie en 12 chapitres" de Joachim Trier, dans lequel elle incarne une jeune femme en quête d'elle-même. "Ce prix revient à tant de personnes", a dit en pleurs l'actrice de 33 ans, révélation de ce festival. "C'était magnifique, une belle expérience", a-t-elle ajouté, rendant hommage à un jury qu'elle "admire tellement".


Leos Carax obtient le prix de la mise en scène pour "Annette"

Le réalisateur français Leos Carax a remporté samedi le prix de la mise en scène pour "Annette", opéra-rock foisonnant et virtuose qui fait briller deux stars, Adam Driver et Marion Cotillard. Neuf ans après "Holy Motors", Leos Carax remporte à 60 ans cette haute distinction cannoise pour son feu d'artifice cinématographique, coécrit et mis en musique par le groupe américain Sparks, qui avait fait l'ouverture du festival, célébrant en grande pompe les retrouvailles du cinéma mondial

"Ce n'est pas seulement un grand réalisateur français mais un immense cinéaste", a déclaré l'un des deux musiciens Ron Mael, en recevant ce prix en l'absence du réalisateur.

"Malheureusement Leos Carax ne peut pas être des nôtres. Il avait un problème de dents. Mais nous sommes ravis qu'il ait décroché ce prix et nous sommes très touchés d'avoir été associés à un film de Leos Carax", a-t-il ajouté.

Cinéaste français inclassable et écorché vif, Leos Carax signe ce show musical déjanté sur l'amour, la gloire et la chute, retraçant l'histoire d'un couple de stars à Los Angeles, dans son style flamboyant habituel.

Asghar Farhadi reçoit le Grand Prix

Le cinéaste iranien Asghar Farhadi a appelé samedi à "éveiller les consciences" en Iran en recevant le Grand Prix du Festival de Cannes, le deuxième prix le plus prestigieux après la Palme d'or, ex-aequo avec le Finlandais Juho Kuosmanen. Le réalisateur a remporté ce prix pour "Un héros", l'histoire d'une rédemption empêchée dans une société iranienne rongée par la méfiance et la manipulation.

Après deux expériences internationales - "Le passé" (2013) et Everybody knows" (2018) - qui ont moins convaincu la critique, le cinéaste revient dans son pays et à ses thèmes de prédilection : le recensement des maux qui rendent l'émancipation et le bonheur en société impossibles, avec ce nouveau long-métrage de deux heures.

A 49 ans, il a déclaré en recevant son prix n'avoir "rien fait d'autre que d'écrire des films" et les tourner, "malgré tous les obstacles, les difficultés, les pressions, les obstacles qui auraient pu me dissuader". "Je continue d'avoir l'espoir, en suscitant des questionnements, que je pourrai contribuer à améliorer les choses", a-t-il ajouté. "Ce qui peut permettre de sauver mon pays, de l'améliorer, c'est d'éveiller les consciences".

Il est ex-aequo avec le Finlandais Juho Kuosmanen, qui a filmé dans "Compartiment No6", la rencontre entre une Finlandaise et un Russe le temps d'un voyage en train entre Moscou et Mourmansk, au nord du cercle polaire.

Le reste du palmarès

- Prix du jury: "Le genou d'Ahed" du réalisateur Nadav Lapid (Israël) et "Memoria" du réalisateur Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande)

- Prix d'interprétation masculine: l'acteur américain Caleb Landry Jones dans "Nitram"

- Prix d'interprétation féminine: l'actrice norvégienne Renate Reinsve dans "Julie en 12 chapitres"

- Prix du scénario: le réalisateur Ryusuke Hamaguchi pour "Drive my car" (Japon)

- Camera d'or: "Murina" de la réalisatrice Antoneta Alamat Kusijanovic (Croatie)

- Palme d'or du court métrage: "Tous les corbeaux du monde" de la réalisatrice Tang Yi (Hong Kong)

- Mention spéciale du court métrage: "Le ciel du mois d'août" de la réalisatrice Jasmin Tenucci (Brésil)