Que retenir de la compétition, 66e du nom ? Le regard décalé de notre envoyé spécial Patrick Laurent


BRUXELLES Si j'incarnais à moi seul Steven Spielberg, Nicole Kidman, Daniel Auteuil, Ang Lee et Christoph Waltz, je tournerais sur les plus beaux plateaux du monde entre deux nuits de repos dans des hôtels cinq étoiles au lieu de courir après les stars sur la Croisette. Ce n'est hélas pas le cas. Le jury ne m'a pas invité à délibérer avec lui. A chacun son job après tout.

A la place, voici un bilan personnel sans aucun rapport avec le palmarès. En toute mauvaise foi.

Quel accent. Les acteurs français ont la cote aux USA, mais avec des accents est-européens. Mathieu Amalric en psy hongrois dans Jimmy P. ou Marion Cotillard en immigrée polonaise obligée de se prostituer pour survivre dans The Immigrant versent tous deux dans une prononciation tellement inhabituelle pour nous qu'elle en devient dérangeante.

Le cauchemar américain. Avec The Bling Ring, Sofia Coppola tirait déjà le portrait de la jeunesse branchée pour qui les grands idéaux ont été remplacés par les marques chics promotionnées par les stars.

Terrifiant. Avec Nebraska, Alexander Payne plonge lui au cœur de l'Amérique profonde. Celle qui requalifie un viol d'agression sexuelle parce que « ce n'est pas du tout la même chose », où la valeur s'échelonne à la voiture possédée. L'appât du gain y est plus important que LA valeur dont parlent tous les films d'outre-Atlantique, la famille. Quand on voit ça, on se dit que la vie est quand même belle chez nous. Non, vraiment, le rêve américain n'est plus ce qu'il était.

La décadence. L'Europe en prend aussi pour son grade. Paolo Sorrentino aborde la décadence européenne dans La grande bellezza. Avec humour, détachement, un sens consommé du ridicule et du beau en même temps. Toni Servillo, en snobinard futile, nous sert de guide dans les plus beaux palais de Rome. Un enchantement farfelu.

© La Dernière Heure 2013