En comédiens qui rendent dingues leurs partenaires et metteurs en scène dans Je fais le mort, François Damiens et Géraldine Nakache revisitent à leur manière L’emmerdeur de Brel et Ventura. "Je ne pourrais pas dire : je ne l’ai pas vu, je n’aime pas regarder les films", confie un peu honteux celui qui incarne Jean Renault (ça ne s’invente pas) à l’écran. "Mais les contrastes, c’est ce qu’il y a de plus intéressant à jouer. C’est Laurel et Hardy. Ou, comme dit Jean-Paul Salomé, Titi et Grosminet…"

Comment prépare-t-on un rôle d’emmerdeur ?

"Je travaille beaucoup sur l’instant. Sinon, c’est préfabriqué. Je veux juste connaître mon texte et m’adapter. Je suis comme une pâte que le réalisateur va mouler (rire). Jean Renault, je le voyais comme ces losers qui ne savent pas comment se tenir, où mettre les mains. On dirait que ses bras sont 10 cm trop longs pour lui."

L’humour est basé sur la dérision vis-à-vis des acteurs. Est-ce pour ça que Jean-Paul Salomé vous a choisi ?

"Ce n’est pas l’intrigue policière qui m’a attiré, pour être tout à fait honnête, mais le fait de jouer un acteur qui n’accepte pas d’être en perte de vitesse. Ce qui lui fait vivre l’enfer mais aussi à son entourage. Il n’y a pas de mal à tourner des pubs parce qu’on n’a pas de boulot et qu’on a besoin d’argent. Mais il ne faut pas tricher. Si un jour, comme lui, je dois faire des pubs pour les laxatifs pour payer les factures, je le ferai. Mais je saurai pourquoi. Alors que lui n’a pas l’honnêteté de reconnaître qu’il n’a pas de boulot. J’aime bien jouer les mecs un peu lourds. On le sent, dans la vie, ceux qui parlent plus que ce qu’on leur demande…"

Cela existe, comme job, de faire le mort ?

"Je l’ignorais mais en France, il semble que oui. En Belgique, je n’en ai jamais entendu parler."

Est-ce jouissif de se moquer des clichés des stars capricieuses ?

"Il la ramène toujours sur le fait qu’il a gagné un jour un César, mais on n’en a rien à faire ! C’est le cliché de la personne qui essaie de prendre plus d’espace. Les stars, elles en ont beaucoup. Mais les autres… On en connaît tous, des comédiens qui n’ont fait qu’un seul succès, voici 20 ans, et qui reviennent toujours avec ça. C’est assez triste. Je ne juge pas trop : cela doit être douloureux d’avoir connu la gloire et puis de l’avoir perdue. C’est un métier dangereux : on vit dans le désir des autres. Quand on se met en avant, il faut aussi savoir accepter d’être mis sur le côté. Dans toute carrière, il y a des hauts et des bas. Et cela peut arriver demain. Personnellement, cela ne me fait pas peur. Je ne m’accrocherai pas à tout va. S’il le faut, je ferai autre chose."

Pourquoi n’aimez-vous pas aller au cinéma ?

"Je n’accroche pas. Souvent, je ne comprends pas les films. J’essaie de décourager ma femme avant d’y aller, mais cela ne marche pas toujours (rire) . La dernière fois, à la moitié du film, j’ai dit à mes enfants que je les attendrais dehors… De toute façon, c’est épouvantable de regarder un film à côté de moi : j’envoie des ondes négatives !"