Gérard Darmon a connu un passage à vide dans les années 90. Chabat l’a remis en selle. Et avec quelle maestria…

"Je suis né un jour qui n’existe pas, le 29 février de l’an 1948 précisément. Officiellement, j’ai atteint l’âge canonique de soixante-dix ans, en réalité, j’ai dix-sept ans et demi et devrai encore patienter deux bonnes années avant d’accéder à la majorité…" Voilà pour l’entrée B du Dictionnaire de ma vie de Gérard Darmon. B comme Bissextile puisque le désormais septuagénaire - mais comment le croire quand on le voit danser la Carioca avec Alain Chabat - a franchi ce cap l’an dernier. Dans l’ouvrage, publié chez Kero Éditions, il se souvient encore de son anniversaire, en 1984, pile le jour de la fête de fin du tournage de Notre histoire, de Bertrand Blier. À ses côtés, au générique, Alain Delon et Nathalie Baye, laquelle est alors en couple avec Johnny. Pour fêter Darmon, le Taulier avait organisé un dîner et avait privatisé la boîte du coin. À Delon, assis à l’écart, il lance "Vous ne dansez pas ?". " Non, non, je suis comme vous, un solitaire", lui répond-il. "C’était donc ainsi qu’il me percevait ! Un ténébreux solitaire, un personnage distant, mystérieux, peut-être même ambigu, quand il ne s’agissait pour moi que d’une stratégie pour mieux séduire les filles…" s’amuse-t-il, trente-cinq ans plus tard.

De temps qui passe, il est d’ailleurs beaucoup question dans ces jolies confidences qu’il décrit comme "Un véritable nettoyage de printemps !" Notamment quand il évoque ses paternités successives, la première à 20 ans à peine, en pleine révolution de mai 68. La quatrième (et dernière ?) à 69 ans. "Parvenu aujourd’hui à un âge où l’impression dominante est que tout passe dix fois plus vite qu’avant, je ressens parfois spontanément de véritables enthousiasmes de gamin", dit-il joliment.

À la lettre D, enfin, il y a un nom, celui d’un autre Gérard : Depardieu, qu’il adore. "Je ne le connais pas, nous avons partagé une petite scène dans Astérix, et c’est tout. Voilà pourquoi je me sens tout à fait libre de parler de lui.", écrit-il. Et, plus loin, "Il faut l’observer quand il s’oublie, quand il rit. Tout à coup, son regard s’éclaire, son visage s’illumine d’une fraîcheur stupéfiante." Des mots qui sont parvenus jusqu’à l’intéressé qui dans un sujet sur France 2 lui a répondu "Merci de ce que j’ai lu, je n’en dirais pas autant de moi-même". Baba, d’un coup, les mots lui ont manqué. E comme Émotif ?