Même dans un monde aussi contrôlé, soupesé, estimé et chiffré que celui du cinéma, les surprises sont encore légions. Et montrent bien qu'au final, c'est l'intérêt des spectateurs qui compte et pas les plans marketing ou financiers.

Quand WarnerMedia a lancé plus qu'un pavé dans la mare, une véritable bombe, en décidant de proposer tous ses longs métrages de 2021 en même temps dans les salles de cinéma ouvertes et sur sa plateforme de streaming HBO Max, c'était dans l'espoir de surfer sur la popularité des super-héros pour assurer le succès de la formule. Mais finalement, ce sont plutôt deux monstres, Godzilla et King Kong, qui sont en train de réaliser ce tour de force à la place des sauveurs du monde.

Le bilan plaide largement en faveur de Godzilla vs Kong. Selon la société Samba, il a été vu par 3,6 millions de ménages lors de ses cinq premiers jours sur HBO Max, contre 2,2 millions pour Wonder Woman 1984 et 1,8 million pour la version de Zack Snyder de Justice League.

En salle, les résultats sont identiques: déjà 285 millions de dollars de recettes aux guichets pour l'affrontement des deux créatures gigantesques (toujours visible en salle), contre 166 millions pour la sauveuse du monde et des résultats non communiqués pour les super-héros en équipe.

Pour WarnerMedia, Godzilla vs Kong pourrait bien devenir ce qu'on appelle aux USA un "game changer", un tournant stratégique cautionnant son tour de force. Puisque le film cartonne en même temps sur deux médias qu'on ne cesse de présenter comme antagonistes, les salles de cinéma pourront difficilement, à l'avenir, faire l'impasse sur des blockbusters, aussi diffusés sur les plateformes de streaming, qui leur rapportent autant d'argent, même si c'est moins qu'avant.

Le pari était risqué. Mais Godzilla et King Kong sont en train de le gagner, là où les super-héros -et les prévisionnistes- ont échoué. Et cela pourrait changer la face du cinéma.