Hugh Jackman a réalisé un de ses rêves d’enfance en incarnant un pirate dans Pan.

Oubliez toute l’imagerie Disney, le capitaine Crochet et sa fine moustache, le crocodile dont les yeux se lèvent au rythme du tic-tac d’une horloge, la mignonne fée Clochette et le facétieux Peter Pan : Joe Wright a décidé de réécrire la légende du héros éternellement enfantin créé par J.M. Barrie. En lui opposant un tout nouvel ennemi, grand pourfendeur des mers du Pays imaginaire et exploiteur cruel d’enfant, le terrible Barbe-Noire. Qui possède l’allure de Hugh Jackman dans Pan.

"Mon fils m’appelle Barbe-Noire-et-Blanche !", lance-t-il avec humour, avant de préciser que le roman original faisait référence à son personnage comme celui qui a tout appris à Crochet. "Quand j’ai préparé le rôle, j’ai lu que Barbe-Noire utilisait une sorte de fumigène qu’il glissait dans sa barbe fournie. Quand il partait à l’abordage, il donnait l’impression d’être enflammé. Je trouvais ça génial mais quand j’en ai parlé au réalisateur, sa seule réponse a été : Non ! Il avait une vision très précise de ce qu’il voulait, et c’est pour ça que je me suis retrouvé avec une perruque à la Marie-Antoinette et un costume digne de Louis XIV (rire). Je vous raconte ça parce que j’avais plein d’idées, mais dans les faits, 99,99 % des idées sont de Joe ou des costumiers. Je dois donc les remercier d’avoir fait à ma place 80 % de mon boulot d’acteur (rire)."

Comment vous êtes-vous trouvé en affreux pirate ?

"Ma maman était à l’avant-première, et quand on lui a dit que j’étais un des types les plus gentils d’Hollywood, elle a répondu : Je pense qu’on appelle ça les bonnes manières (rire). Moi, je me souviens avoir été terrifié par Hannibal Lecter, Alan Rickman dans Die Hard . Mais Joe voulait que Barbe-Noire soit comme les enfants le voient, c’est-à-dire effrayant et ridicule. Une fois qu’on accepte ça, on ne bute plus sur le mot ridicule. On se sent libre et c’est très amusant."

Pirate, c’est un rêve d’enfant ?

"J’étais fan de Scaramouche et, en terminale, j’ai joué la scène du combat à l’épée de Princess Bride . Au moment d’entamer le tournage, j’attendais donc avec impatience les scènes d’action. C’était une grande joie. Un rêve qui devient réalité. Joe m’a juste demandé d’aussi explorer la tristesse et la solitude du personnage. Il a peur de tout perdre mais cela pourrait en même temps le soulager. Cette approche complexe m’a emballé."

Vous comprenez son obsession pour la jeunesse éternelle ?

"Dans toute l’équipe, j’étais le seul à me sentir concerné par ça ! Les autres auraient plutôt préféré savoir voler comme Peter Pan… Moi, je suis fan du livre de J.M. Barry. L’âge dépend surtout de la manière dont on voit les choses. Les enfants voient immédiatement la magie du monde. Ils ne se préoccupent pas, comme les adultes, de ce qu’on va en penser. Ils voient immédiatement les possibilités et foncent. C’est ça l’esprit de Peter Pan : il faut continuer à garder l’esprit ouvert pour voir les possibilités qu’offre l’existence. La vie est une aventure fantastique. J’ai de la chance, parce qu’en tant qu’acteur, mon job, c’est de rester un enfant."

Quel est votre passage préféré ?

"Quand des centaines d’enfants chantent Smells Like Teen Spirit de Nirvana. C’est un moment que je ne pourrai jamais oublier. Joe aime créer un véritable esprit de groupe sur son plateau et quand il m’a demandé de faire une entrée triomphale sur ces paroles-là, j’en ai eu la chair de poule. Pour Joe Wright, Kurt Cobain est l’enfant perdu ultime."

Est-ce que l’accueil à la maison est différent selon que vous jouiez un bad guy ou un héros ?

"Les enfants ne parlent jamais beaucoup de mon travail. Par contre, ma femme m’a dit que de son point de vue, Barbe-Noire est un des personnages les plus sexy que j’aie jamais joué. J’ai donc passé un très bon été (rire)."

Interview > Patrick Laurent


Peter avant d’être Pan, James avant d’être Crochet

Une prequel visuellement éblouissante pas destinée à rester sans suite

RÉSUMÉ Qui étaient Peter Pan et James Crochet avant de devenir les légendes du Pays imaginaire ? Comment ces deux-là se sont-ils rencontrés ?

NOTRE AVIS Joe Wright nous embarque sur un navire volant pirate, direction la deuxième étoile à droite et tout droit jusqu’au petit matin. À une époque où Peter n’est qu’un gamin déluré dans un orphelinat bombardé par les Allemands. Enlevé par l’équipage de Barbe-Noire, en cruel manque de main-d’œuvre pour extraire des mines les diamants de fées indispensables à sa jeunesse éternelle. Tous les jours, les enfants les moins productifs sont jetés dans le vide par le pirate-mélomane (qui apparaît sur une reprise a capela, par les kids, de Nirvana, Smells Like Teen Spirits, dans une séquence étonnante). Au bout de quelques heures, Peter fait partie de ceux-là. Mais à la surprise générale, y compris la sienne, il s’envole. Ce qui pousse Crochet, avide d’évasion, à croire à une ancienne légende et à s’allier au petit bonhomme pourtant incapable de reproduire son exploit.

La marque de fabrique de Joe Wright (Orgueil et préjugé, Reviens-moi, Anna Karénine), c’est son univers visuel impressionnant. Cette fois, avec une multitude de couleurs, il plonge dans nos rêves d’enfance pour inventer un monde fascinant, bourré de trouvailles bizarres.

La mort d’un môme, par exemple, se transforme en explosion de poudre de couleur.

Un massacre tourne donc au tableau magnifique plutôt qu’à la boucherie.

Jusqu’à la séquence finale, l’inventivité reste de mise.

Et permet à Hugh Jackman de revisiter Barbe-Noire en le faisant coller à l’imagination des plus petits. Impossible de ne pas retrouver son âme de gosse devant un tel spectacle et de ne pas rêver en compagnie d’acteurs épatants. Cela tombe bien : Pan n’est manifestement pas destiné à rester sans suite.

P.L.

Pan

Fantastique

Réalisé par Joe Wright

Avec Hugh Jackman, Rooney Mara, Levi Miller, Garrett Hedlund, Amanda Seyfried

Durée 1 h 51