L'infatigable Claude Chabrol

BRUXELLES La soixante-dizaine bien entamée, Claude Chabrol reste un personnage très actif. Actuellement, il travaille au rythme d'un film tous les dix-huit mois. Dans le contexte du cinéma français d'aujourd'hui, c'est presque énorme.

Ce n'est pas votre premier film avec Isabelle Hupert
"Il s'agit en fait du sixième. Attendez Non, je ne me trompe pas. C'est bien le sixième. Le premier était Violette Nozières."

Vous n'êtes pas comme Hitchcock, qui ne tournait jamais plus de deux ou trois films avec la même actrice.
"Non, mais Hitchcock a aussi été abandonné par certaines de ses comédiennes."

Ce qui n'est pas votre cas!
"Non, j'ai cette chance. C'est vrai qu'au fond, Hitchcock avait généralement des problèmes avec ses actrices. Moi, je n'en ai jamais eu. Je pourrais presque m'en vanter."

Avez-vous une recette?
"Elle est très simple et difficile à la fois. Il faut choisir ses acteurs et actrices en fonction de ce qu'on veut. Toute la difficulté du travail est là."

Doit-on en déduire qu'avec Isabelle Hupert, vous ne vous êtes jamais trompé?
"Comment pourrait-on se tromper avec une telle comédienne? C'est virtuellement impossible. Ou bien il faut être mauvais metteur en scène!"

Avez-vous écrit le personnage de Mika pour elle?
"Cela n'a pas été nécessaire dans la mesure où avant même d'entamer l'écriture du film, je cherchais un rôle d'ultra-perverse pour elle. Je lui ai simplement demandé si ça lui plairait. Le oh oui oh oui que j'ai eu en guise de réponse ne laissait planer aucune équivoque."

D'où l'idée d'avoir ressorti ce vieux roman des années 40 ou 50?
"Je l'avais lu à l'époque, mais il était resté enfoui au fond de ma mémoire. C'est en discutant avec Bertrand Tavernier que je m'en suis souvenu."

L'action ne se déroulait pas en Suisse. Alors pourquoi? Pour le chocolat?
"Oui, pour le chocolat et aussi pour une série d'autres raisons. La Suisse est par excellence le pays ou l'on véhicule un tas de choses pas très nettes au nez et à la barbe de tout le monde. C'est la patrie de la neutralité, notion imbécile s'il en est! Et aussi de l'hypocrisie. Alors, l'idée d'y transposer le personnage de Mika et de toute la neutralité et l'hypocrisie de ceux qui l'entourent me faisait jubiler!"

C'est clair pour Huppert, mais pourquoi Dutronc?
"C'est une idée à ma femme. Depuis toujours, elle adore Dutronc à un point tel que c'est peut-être inconsciemment par jalousie que je n'avais jamais travaillé avec lui jusqu'ici (sourire) Non, sérieusement, j'avais déjà songé à lui pour mon film précédent, mais à l'époque, il était submergé et il n'avait pas le temps. Cette fois-ci, il a immédiatement accepté."

Et comment cela s'est-il passé?
"Bien n'est pas le mot. Mieux que tout ce que j'aurais pu imaginer, voilà l'affaire. Je lui ai demandé de jouer un personnage décalé, de jouer à côté du film, ce qui n'est pas nécessairement dans son tempérament. Est-ce que vous pouvez imaginer qu'il m'a donné le piano en plus?"

Dutronc n'est pas un vrai pianiste?
"Non! Il l'a fait uniquement pour moi. C'est fascinant, non?"

Sur quoi travaillez-vous aujourd'hui?
"Et bien disons que j'ai deux ou trois trucs en tête. Rien de véritablement précis et de définitif. Mais l'une de ces histoires qui me turlupinent actuellement serait celle d'une vieille femme qui a tué quelqu'un 50 ans plus tôt, et qui serait mêlée à un règlement de comptes par transmission."

Sera-ce tiré d'un roman ou s'agira-t-il d'un scénario original?
"Le plus original possible!"