Matt Dillon a ouvert la compétition du 31e Festival de Deauville

ENVOYÉE SPÉCIALE EN FRANCE CATHY TROGRANCIC

DEAUVILLE T-shirt délavé des Rolling Stones, tignasse hirsute, Matt Dillon fait des étirements dans un salon de l'Hôtel Royal. Et ce n'est pas la chaleur ambiante, encore renforcée par l'absence de clim, qui va entamer sa volubilité pour dire tout le bien quil pense de Collision (sortie le 5 octobre), le premier film de Paul Haggis (le scénariste du Million Dollar Baby). Cette oeuvre choc, aux antipodes d'une vision manichéenne a le mérite d'appuyer là où ça fait mal, à travers le destin de personnages disparates (Don Cheadle, Sandra Bullock, Brendan Fraser,...). Parmi eux : l'officier de police Ryan, interprété par Dillon.

Entrevoyez-vous l'agent Ryan comme un raciste pur jus ?

«Cela ne fait aucun doute, même si lui ne se voit pas de la sorte. Il a tendance à se considérer comme victime. Un certain pourcentage de la LAPD (Los Angeles Police Department) est comme ça. Ces gens ont une forme de pouvoir tout en ne gagnant pas énormément d'argent. Ils le vivent très mal, sachant qu'ils font un job difficile. Doù cette désillusion, cette colère. Mais Ryan na pas qu'une facette. Il n'est pas intégralement mauvais. Il faut voir comment il s'occupe de son père malade. »

Paul Haggis refuse les discours réducteurs, les jugements hâtifs...

«Jamais je n'avais endossé un rôle qui explore une telle palette de sentiments. Ce genre d'histoire est très rare à l'écran, qui ose s'attaquer à une question aussi tabou que le racisme, la peur de l'autre, de l'étranger. Aujourd'hui, ces thématiques restent délicates à aborder. Beaucoup de gens ont peur de mettre des mots sur leurs pensées.»

Collision pourrait donc faire office de miroir ?

«Cest en tout cas un film qui a le mérite de montrer une certaine réalité. Ce nest pas du cinéma-vérité mais plutôt une allégorie. Tous ces destins entrecroisés, toutes ces coïncidences sont improbables dans la réalité. Mais en revanche, si l'on prend chaque scène individuellement, il y a une part de vérité dans chacune.»

Comment les Etats-Unis appréhendent-ils cette question du racisme ?

«Le sujet est très présent mais les gens, tout en étant conscients, évitent d'en parler. Comme disait John Lennon dans Strawberry Fields: Vivre avec les yeux fermés c'est facile. Accepter nos différences n'a jamais été chose aisée. Par contre, avoir des jugements hâtifs et aveugles rend assurément nos vies plus malléables. Pour moi, cette histoire -bien qu'elle aborde des thèmes universels- est assez emblématique de Los Angeles. L.A. est une ville tentaculaire, qui génère sa propre ségrégation. Pas dans un sens aussi extrême qu'en Afrique du Sud ou dans les Etats du Sud, dans les années 60. Mais cette forme particulière de ségrégation ne fait qu'une chose : alimenter la peur et l'ignorance. Aujourd'hui, les médias ont tellement tendance à noircir le tableau que cela rend tout le monde parano, y compris moi-même.»

Il y a quelques années, vous réalisiez votre premier long métrage, City Of Ghosts. Avez-vous d'autres projets de réalisation ?

«Je planche sur un scénario que j'aimerais mettre en scène et qui explore le côté sombre de l'homme. Jai toujours aimé explorer la noirceur de l'âme humaine. Ce qui ne m'empêche pas d'aimer aussi la comédie. Je vais en tourner une avec Kate Hudson et Owen Wilson.»

© La Dernière Heure 2005