La première fois qu'il était venu à Deauville, c'était en 2001. Dans le rôle de James Dean, il avait époustouflé l'assistance. Mais ceux qui ne voyait en lui qu'une gueule d'ange étaient loin du compte et les années qui suivirent l'ont prouvé

De jeune acteur prometteur, le voilà catapulté star un an plus tard grâce à Spider Man, de Sam Raimi, auquel il sera fidèle durant toute la trilogie. En quinze ans, sa filmographie s'allonge a une vitesse folle. Des petits projets au blockbusters, il met son talent de caméléon au service de multiples réalisateurs. Et il apprend. Vite et bien. En 2005, il signe un court métrage, premier d'une longue série. Pour arriver aujourd'hui avec un film ambitieux - In dubious battle - adapté du roman de John Steinbeck.

Barbu, la clope perpétuellement au bec, il est celui qui mène la lutte pour plus de justice chez les ouvriers agricoles. Un film plutôt lent, bénéficiant d'un sacré casting (Selena Gomez, Bryan Cranston, Robert Duvall, Vincent d'Onofrio, Ed Harris). C'est pourtant seul (enfin, accompagné de ses producteurs) qu'il a fait le voyage sur la côte normande. De son personnage, il n'a gardé que la moustache. Et quelques idées sur la cause des travailleurs. "Steinbeck est un de mes auteurs favoris", dit-il. "Il y a deux ans, j'avais déjà joué dans une production de "Des souris et des hommes", à Broaway. Les thèmes abordés dans le livre - et, je l'espère, dans mon film - sont toujours d'actualité: le combat de la classe moyenne pour plus d'égalité est très important pour moi. Y compris de nos jours. Mais ce n'est que bien plus tard que j'ai vu les résonances avec les combats politiques qui existent de nos jours dans mon pays."

Pour autant, le comédien souligne qui n'est pas un homme politique, qu'il n'entend pas le devenir et qu'il n'a aucune solution à proposer à la crise. Du reste, il a beaucoup, beaucoup d'autres occupations. Acteur, donc. Réalisateur. Mais aussi poète, peintre, photographe, producteur et professeur dans différentes facs, de New York à Los Angeles. Autant de passions qu'il partage avec ses nombreux fans, lui qui a su, très tôt, se montrer présent sur les réseaux sociaux. "Dans cette ère des médias sociaux", écrivait-il récemment dans "Vice", "l'autopromotion c'est la règle du jeu".

Parmi les inombrables projets de l'acteur (38 ans), il y a aussi celui qui l'a vu, avec potes, se lancer dans des performances intitulées "The animals". Couverts de peinture sèche, portant masques et costumes d'animaux, ils représentent des figures androgynes, qui communiquent par le geste plus que par la parole. Danse, dodge ball, leur interactions sont non verbales, ils laissent des traces derrière chacun de leurs éphémères mouvements.

Aujourd'hui, donc, cet homme aux multiples talents est venu recevoir un hommage. "Certes, c'est un peu jeune, mais je suis très flatté. Et j'espère que ce n'est pas une manière de me dire que ma carrière est derrière moi", sourit-il. "Et si je me penche sur des classiques de la littérature, c'est aussi pour en montrer l'actualité. Pour en faire quelque chose d'inscrit dans la vie d'aujourd'hui."

En 2015, Wim Wenders qui le dirigeait sur "Everything will be fine", avait eu sur James Franco ces très jolis mots. "Quand il ne jouait pas dans une des scènes que nous étions en train de tourner, il cherchait un endroit calme sur le plateau pour lire. Il lisait toute la journée, il préparait un master de littérature, il a dû lire une vingtaine de livres sur le tournage. Juste avant une de ses scènes, je disais "James, on est prêts". Il mettait son livre sur le côté et redevenait son personnage dans la minute qui suivait."

Rien que pour 2016, on le verra dans cinq productions. Ce qui lui laissera encore un peu de temps pour observer le monde qui l'entoure. "Bien que je ne sois pas vraiment engagé politiquement, ce film permet de parler de l'Amérique actuelle", dit-il encore. "Beaucoup de gens sont prêts à voter pour Donald Trump par dégoût, comme s'il lançaient une grenade pour tout faire sauter. Je comprens leur colère, mais pour moi, Trump n'est pas une solution." Il n'en dira pas plus: les planches et la cabine qui portera désormais son nom l'attendent pour l'inauguration. Avant le tapis rouge et les cérémonies officielles. Un jeu auquel il se prête de bonne grâce et avec le sourire. Ce qui ne gâche rien.