«Je suis réaliste, pas cynique»

Cinéma

Propos recueillis par Patrick Laurent

Publié le

Woody Allen a écrit pour la première fois... pour un homme

CANNES Woody Allen serait-il devenu cynique avec l'âge? Amoral, comme tant de businessmen d'Hollywood qu'il ne porte pas dans son coeur? «Pas du tout, rétorque-t-il un peu recroquevillé sur lui-même. Aujourd'hui, le cynisme, c'est un autre mot pour dire réalité. Ce film possède une vraie perspective sur la question du châtiment en société. Dans tous les domaines, de l'institutionnel à l'économique, des milliers de délits restent impunis et rapportent gros à leurs auteurs. Qui n'en sont donc pas nécessairement perturbés psychologiquement. Je ne suis pas cynique, mais réaliste.»

Et drôle aussi, souvent. «Vous trouvez? Pour moi, l'ambiance anglaise est plutôt mélancolique, elle pousse à plus de profondeur. J'ai d'ailleurs demandé à Jonathan Rhys-Meyers de lire Crimes et châtiments de Dostoïevski, pour tracer des parallèles entre ce récit du 19e siècle et l'histoire contemporaine. Tous les comédiens ont enrichi les personnages durant le tournage, apportant parfois des touches d'humour absurde plus britanniques, mais ma motivation première n'était pas de faire rire. J'étais surtout intéressé par l'esprit retors d'un arriviste prêt à tuer un innocent pour couvrir son crime et ainsi s'innocenter lui-même!»

Tel un stratège, le héros (si on peut le qualifier ainsi) n'hésite d'ailleurs pas à affirmer que «des innocents ont toujours été sacrifiés à de grandes causes.» Une théorie qui a le don d'énerver le cinéaste, pourtant d'un naturel assez calme. «C'est une tragédie dans la vie en général: on tue facilement des personnes qui ne sont en rien concernées au nom de vérités prétendument supérieures. Le pire, c'est qu'on le fait impunément!En camouflant son désir ardent de pouvoir au nom d'idéaux politiques, religieux ou autres. C'est insupportable.»

De là à réaliser un ouvrage ouvertement engagé, il y a un pas qu'il se refuse de franchir. «Les films, je les fais par hasard, en fonction de ce que je pense à un moment donné, sans souci de m'inscrire dans une tendance globale. S'il y a un rôle pour moi, je le joue. S'il n'y en a pas, je suis tout aussi heureux. Dans le suivant, plus humoristique, il y en aura un. Je serai donc à l'écran.»

«Les femmes sont plus libres»

Et pourtant, à l'en croire, lorsqu'il se met sur sa vieille machine à écrire, c'est toujours en pensant d'abord aux femmes! «Avec Match point, c'est la première fois que j'écris pour un homme! Pourquoi? Je ne sais pas. Peut-être en raison de l'hypocrisie. Les hommes attachent plus d'importance à la façade, ils retiennent leurs émotions, se comportent en machos parce qu'ils estiment que c'est cela que la société attend d'eux. Les femmes sont plus libres, elles agissent plus sur base de leurs émotions. Et puis, il ne faut pas oublier qu'elles ont été opprimées sur le plan sexuel pendant des années, ce qui les rend plus intéressantes, plus dramatiques.»

© La Dernière Heure 2005

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