Kevin Bacon incarne une star très hollywoodienne dans Where the truth lies. Son exact opposé...

CANNES Sans jamais défrayer la chronique, mine de rien, depuis une bonne vingtaine d'années, Kevin Bacon s'est imposé comme une des valeurs sûres d'Hollywood. Vendredi 13, Footloose, Tremors, JFK, L'expérience interdite, L'homme sans ombre, Sleepers, Apollo XIII ou le fabuleux Mystic river lui ont permis d'explorer de nombreuses facettes de son talent. Mais il lui en restait d'autres en réserve, comme le prouve Where the truth lies, satire mordante du star-system et de tous ses excès.

Sapé comme un rockeur, la démarche chaloupée et les yeux cachés par de grosses lunettes noires, l'acteur de 47 ans a manifestement pris plaisir à croquer les défauts d'un milieu qu'il connaît bien. «Je ne pense pas avoir quelque chose à me prouver à moi-même. C'est juste très amusant d'incarner un amuseur du show-biz. Cela me change des flics et des assassins... Et puis, les années 70 étaient très excitantes. »

Celles de son adolescence. Une période d'insouciance et de liberté où tout semblait permis. «Les interviews donnent souvent l'impression, fausse, que j'essaie de restituer à l'écran ce que je suis réellement, dans le fond de mon âme. Parce qu'il est célèbre, différentes facettes de mon personnage me correspondent, mais pas toutes. Le problème avec la célébrité, c'est qu'on finit par s'y habituer. Certains feraient n'importe quoi pour elle. Dès qu'elle s'estompe, cela devient difficile. Quand on est acteur, c'est pour toute sa vie...»

Aucun stress dans sa voix. Que du contraire. La frénésie hollywoodienne ne semble plus le toucher. «J'ai une belle femme, deux enfants, et la chance de continuer à jouer. J'ai gagné assez d'argent pour vivre convenablement, sans faire de folies. Même si une partie de moi aime ça, ma priorité n'est pas d'être célèbre. Comme pour le sport, elle peut être dangereuse: trop d'attention, trop tôt, cela peut mener à la mort, au suicide ou à la dépression. Je passe ma vie à faire ce que j'aime, et mes enfants m'obligent à rester jeune. Cela me suffit.»

Un discours en total décalage avec celui de tant de ses collègues. «Quand un film arrive numéro un au box-office, c'est formidable, mais après? Être acteur, c'est mon métier. Je suis très pragmatique. J'essaie de ne pas baser mes choix sur l'argent: cela ne rend pas meilleur comédien. J'aime ma maison, ma famille, aller faire du shopping avec ma femme. On vit modestement: je n'ai pas besoin d'une montagne d'argent.»

Et comme si cela ne suffisait pas à sortir des sentiers battus, Kevin Bacon n'hésite pas à s'exhiber nu comme un ver devant la caméra d'Atom Egoyan. «Le système de censure aux USA fait que la violence est acceptée sans problème alors que le sexe n'est toléré qu'à condition que tous les acteurs soient habillés. Ou qu'un meuble se trouve idéalement placé dans le champ de la caméra pour qu'on ne voie rien! Quand on fait l'amour, on est nus, mais cela semble déplaire... C'est dommage que les gens soient dérangés par cet aspect. D'autant qu'ici, les scènes de sexe sont indispensables à la narration du film. Sans elles, on ne peut pas comprendre l'histoire.»

«Parler de ma vie, c'est mon pire cauchemar»

La sienne, c'est sûr, ne terminera pas en roman. Ni en autobiographie. «Je n'ai jamais été approché par une journaliste comme on le voit dans le film. Parler de ma vie, de ma carrière, c'est mon pire cauchemar. Je refuse d'office ce type d'interview. Mes enfants ne s'intéressent pas du tout à ma vie! Je ne crois pas que mes Mémoires puissent les attirer. J'ai peut-être en moi des secrets pénibles, mais je m'en sers juste pour mon travail, pour apporter des couleurs.»

Dommage. Ils sont certainement révélateurs d'une personnalité hors norme, haute en couleur.

© La Dernière Heure 2006