Jean Dujardin était ce lundi à Bruxelles pour présenter Un homme à la hauteur.

L’autodérision, Jean Dujardin adore ça. À force de s’entendre dire qu’il prenait les gens de haut ou qu’il avait attrapé la grosse tête, il a accepté d’incarner un architecte d’un mètre trente-six dans Un homme à la hauteur, une comédie romantique, en salle le 4 mai, dans laquelle il fait craquer Virginie Efira. "Contrairement à ce qu’on a pu dire sur moi, je n’ai pas changé, vous savez, explique-t-il, très détendu. Mon monteur, c’est toujours l’amusement. J’ai un rapport très ludique au métier. Je ne suis pas là pour me faire mal, mais pour divertir. Quand on me demande de jouer un homme d’un mètre trente-six, je demande juste au réalisateur comment il va s’y prendre. Pour le reste, je suis dans la même logique que lorsque je crée un agent secret ou un surfeur : je me déguise. Ici, c’était un joli déguisement d’un mètre trente-six…"

Comme ce personnage, vous attirez le regard en rue…

"Oui, c’est vrai. Mais je ne me prive pas de me balader partout en rue, sans garde du corps. C’est un peu naïf de ma part, parfois, mais je ne sors pas en me disant que j’ai une tête connue. Je ne vais pas en plus penser à ça. Je ne suis pas une tête sur une affiche ou le mec que la personne a vu la veille dans un film à la télé. La plupart du temps, les gens sont très sympathiques et le comprennent très bien. On me regarde, on me sourit, on me prend en photo en douce ou on me demande de poser : je n’ai pas de soucis avec ça, c’est même plutôt joyeux."

Vous avez l’impression de vivre normalement ?

"Oui. Totalement normalement. Je vais faire les courses, mais à ce moment-là, je n’aime pas trop qu’on me déconcentre sinon je vais oublier combien de poireaux il fallait acheter ! Si on me demande une photo, la personne ne me dérange pas, elle ne peut pas le savoir, mais ça m’ennuie si j’oublie ce que je devais faire (rire). Les gens ont souvent le sentiment qu’on leur appartient un peu, que nous sommes des hommes publics tout le temps, alors que lorsque je vais au marché, je ne suis pas en représentation : je suis juste un mec qui achète des poireaux…"

C’est une chance unique pour eux de rencontrer leur idole…

"Je ne me vois pas comme ça. Sinon, je perdrais pied. Mais c’est une vie douce, hein… Je suis beaucoup dans mes rêves. Mon métier c’est ça, dans des registres différents."

Depuis The Artist, vous n’avez pas l’impression d’être plus critiqué ?

"J’ai le sentiment qu’on ne veut pas de mal (rire). Un Oscar, ce n’est pas toujours un cadeau. Cela met dans une stature de commandeur, dans l’obligation d’être une grande figure, alors que cela m’est tombé dessus sans le vouloir. C’est heureux, c’est chouette, mais je n’ai jamais voulu faire de carrière américaine. C’était très bien avant l’Oscar et c’est toujours très bien. Mais le fantasme de l’Oscar a créé un décalage entre ce qu’on imagine et ce que j’aime faire. En France, on aime bien abîmer ce qu’on a aimé, mais ça se calme. Il faut arrêter de me voir comme un idiot arrogant. Je ne suis pas ça. C’est insulter mon éducation. Je n’ai rien changé par rapport à avant parce que c’est ça que j’aimais. Mais ça paraît suspect quand je le dis."

Brice de Nice 3 pourrait d’ailleurs être suivi d’un troisième OSS 117…

"OSS, pour l’instant, il n’y a rien. C’est à Michel Hazanavicius de décider : on a mangé ensemble, on en a parlé, mais il entame un autre tournage en juillet. Peut-être après, on verra. On adorerait. Brice de Nice, il a été tout le temps là. Je ne fais que continuer. Cela va bientôt être l’heure des bilans et onze ans après le premier, je reviens avec Brice. C’est ma manière de montrer que je suis resté le même. Oscar ou pas, je continue à me foutre de moi depuis 2004 et même bien avant puisque j’ai commencé avec ce personnage en 1996 au café-théâtre. Et ce ne serait peut-être pas complètement débile de le refaire dans dix ans. Il va m’accompagner tous les dix ans, cet abruti. Je vais vieillir avec ce personnage. C’est super. C’est aussi une manière de prendre du recul et de se dire que tout ce que je fais n’est quand même pas très sérieux."