Au cours de ces vingt, voire trente dernières années, Jean-Luc Godard s'est surtout signalé par des réalisations qui tenaient plus de l'expérimentation cinématographique que de la fiction et quelques déclarations aussi spectaculaires que provocatrices. Rien d'étonnant, donc, qu'il ait profité de sa mise à l'honneur lors du festival de Kerala (sa première intervention fut d'ailleurs de demander où cela se situait...) pour placer quelques punchlines dont il a le secret. Comme lorsqu'il a donné son avis, d'une voix chevrotante quand il ne tirait pas sur un cigare, sur la crise sanitaire actuelle. "Cela aura une influence mais pas directement. (…) Le virus est une forme de communication."

Mais ce qu'on retiendra surtout de ses propos, c'est l'annonce de son départ à la retraite, à 90 ans, une fois achevés ses deux prochains projets en cours d'écriture, Funny Wars et Scénario. "Je vais achever ma vie de cinéaste - oui, ma vie de cinéaste - en réalisant deux scénarios. Puis je dirai au revoir au cinéma."

Faut-il vraiment le croire ? Le réalisateur d’À bout de souffle, de Pierrot le fou ou Alphaville ne déclarait-il pas, en 2010, qu'il ne prendrait jamais sa retraite ? Les mauvaises langues ajouteront que deux films de plus ou de moins ne changeront plus grand-chose. Même s'il est vénéré comme un dieu par une poignée de cinéphiles, cela fait bien longtemps que les longs métrages du chantre de la Nouvelle Vague n'attirent plus la foule dans les salles. Malgré une Palme d'or, Le livre d'image n'a rapporté que 112.000 euros, ce qui correspond à environ 13.000 tickets vendus dans le monde entier. Depuis l'an 2000, la plupart de ses œuvres n'attiraient même plus 30.000 personnes.Très loin des 2,2 millions d'entrées pour A bout de souffle.